Charlie Chaplin

The Gold Rush   Charlie Chaplin a écrit, produit, réalisé et joué dans  The Gold Rush

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Chaplin a dit à plusieurs reprises que c’est le film dont il souhaitait le plus se souvenir. 

La Ruée vers l’or est une véritable pépite du cinéma, de celles qui nous réchauffent le cœur. Voir et revoir ce film en famille nous donne à vivre le plaisir du cinéma, dans tout son humanisme. Plus grand succès de Charles Chaplin à ce jour, le film recèle des trésors d’inventivité, avec une variété de gags qui ravissent et enchantent. Il faut souligner ici combien Charles Chaplin a su filmer les animaux comme autant de compagnons de route, dans une tendre intimité. De l’ours au chien, de la poule aux chiens loups, mais aussi des chercheurs d’or aux danseurs de salon, tout se mêlent et se mélangent dans ce monde où le plus fort n’est pas toujours celui que l’on croit. Lorsque Charlot joue avec l’ours, où lorsque lui-même devient une poule sur patte, ce jeu avec l’animal est pour nous l’expérience de notre condition humaine, dans une simplicité et un respect assez fort et beau. Si la bestialité surgit, elle n’est jamais du côté de l’animal, mais hélas souvent le fait de l’homme, dévoré par sa rapacité. Le cinéaste met en évidence la complexité des rapports entre les personnes, entre le sourire complice, l’éclat de rire revigorant et parfois quelques larmes… Avec ce petit homme égaré dans cette immensité neigeuse, hostile et chaleureuse en même temps, nous voilà cheminant avec lui. Tout le monde rêve d’avoir sa part du butin. L’or semble rendre fous les hommes mais pour Charlot, c’est l’amour qui fait battre encore plus fort son cœur.
Comme toujours avec Charles Chaplin, ses films s’inspirent de tout ce qu’il observe et ressent. Avant tout processus de création il rêve et imagine ses films, dans une inspiration qui s’ancre dans le réel. Pour La ruée vers l’or, l’idée lui est venu un soir où il participait à un dîner avec ses grands amis de cinéma, Marie Pickford et son époux Douglas Fairbanks. Ces deux très grandes célébrités lui montrent des stéréogrammes (des images en relief) où des hommes peinent à gravir une montagne enneigée, lors de la ruée vers l’or au XIXe siècle dans le Klondike. Cette humanité affamée et écrasée par la nature glaciale, il saura la relier à un autre fait divers : en 1846, une expédition d’émigrants se retrouvent bloqués dans la Sierra Nevada. La faim, le froid et l’isolement font des ravages. Après les animaux tués et mangés, certains survivent en dévorant les cadavres d’enfants, de femmes, d’hommes et même de leurs chaussures. Charles Chaplin a trouvé la matière pour réaliser son oeuvre. Plusieurs séquences sont entrées dans l’histoire du ­cinéma : les prospecteurs qui mangent leurs souliers ; la cabane au bord du précipice mais surtout le rêve de Charlot exécutant la danse des petits pains, véritable scène d’anthologie, poétiquement belle et jamais égalée.

Nanouk.fr

Jean Vigo

Zéro de Conduite  (1933) de Jean Vigo. Initialement interdit en France, le film a ensuite été honoré par Truffaut dans « les 400 coups ». Mais pour quoi tant de haine?

Faites vous votre propre réponse en regardant ce film via le site archive.org .Et n’hésitez pas à faire part de vos avis… et commentaires…

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Finies les vacances. La veille de la rentrée ne tourmente pas trop Caussat et Bruel qui se retrouvent dans le train. Que c’est bon de fumer des cigares dans le compartiment « non fumeurs » ! Sur le quai de la gare, c’est moins drôle. Il fait nuit. Moment lugubre. Ils retrouvent Colin avec plaisir. Le surveillant Pète-Sec avec moins de plaisir. Bruel ne s’y trompe pas : « Regarde Monsieur Pète-Sec, on ne rigolera pas encore cette année. » Et si cette fin d’année réservait quelque surprise ? Première nuit au dortoir, déjà un puni. Premier matin, trois punis, toujours les mêmes, Bec-de-Gaz n’hésite pas : « Bruel, Caussat, Colin, zéro de conduite, consignés dimanche. » Pendant une récré, les trois préparent un complot. Le pion Huguet les laisse faire, il amuse la cour en imitant Charlot. La classe forme les rangs pour la sortie en ville. Huguet devance sa troupe. Il suit une femme qui sort de chez elle. La classe suit Huguet en courant. Mauvaise surprise : au coin d’une rue, la dame élégante est devenue un curé ! Les haricots volent bas au réfectoire. En classe, Tabard dit merde à son professeur. Ça barde. Le Principal exige des excuses. Tabard tient bon, réédite son exploit et répète merde à son professeur. Au dortoir, la révolte gronde. Tabard emmène tous les mutins. Une formidable bataille de polochons met le feu au dortoir. Tabard, Caussat, Bruel et Colin attachent Pète-Sec dans son lit. Le lendemain, jour de la fête de fin d’année, les quatre grimpent sur le toit du collège et s’évadent vers le ciel.

Récit d’une guerre d’indépendance ou d’une évasion qui met en scène l’indiscipline de collégiens face à des adultes absents sinon pervers, peu bienveillants et sans aucune autorité, Zéro de conduite est un film impertinent, révolté et insolent, à l’image de son jeune réalisateur. Imprégné par le souvenir de son père anarchiste, de ses années de collège et du journal qu’il y avait tenu, le film ne se réduit pas pour autant à une simple trace autobiographique. Il concentre toute la rébellion de son auteur contre les institutions sociales et cinématographiques. C’est également un film drôle, parcouru de séquences burlesques et fantaisistes, avec un extraordinaire parfum de liberté et d’anticonformisme. Jean Vigo nous emmène toujours là où on ne l’attend pas, bien loin de ce que l’on pourrait imaginer d’un film se déroulant dans un collège. Fourmillant de trouvailles, de pirouettes et de séquences jubilatoires – la bataille de polochon, le drapeau de pirates hissé sur le toit, la scène du train ou de la virée en ville – le film nous touche au plus profond de l’enfance.
Son utilisation des ralentis, de l’animation ou des trucages photographiques à la Méliès démontre une maîtrise absolue du cinéma, l’équilibre parfait entre réalisme et esthétisme. Jean Vigo, « cinéaste-cinéphile », semble avoir assimilé pleinement les courants qui l’ont précédé – pionniers du cinéma, burlesque, surréalisme, Expressionnisme allemand, … – tout en préfigurant les aspirations des générations suivantes et notamment de la Nouvelle Vague. Zéro de conduite a le charme poétique du cinéma muet et le génie du cinéma parlant ; c’est une œuvre majeure et impérissable qui influencera bon nombre de cinéastes après lui ; un film qui étonne autant qu’il questionne… à (re)découvrir absolument.

Benshi.fr

Emile Cohl

Emile Cohl fut le pionnier méconnu du cinéma d’animation L’occasion de découvrir en vidéo la version restaurée de « Fantasmagorie », une pépite historique restaurée par Gaumont.

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On peut entrer dans l’histoire du cinéma à tout âge : Emile Cohl a 51 ans lorsqu’il signe Fantasmagorie, petite fantaisie de moins de deux minutes, considérée comme le premier « dessin animé cinématographique » . Auparavant, il a exercé une foule de métiers (apprenti bijoutier, caricaturiste, journaliste, photographe, scénariste..). Ce qui va décider de sa nouvelle carrière, c’est la découverte d’un court-métrage américain qui fait sensation à Paris (L’Hôtel hanté, de James Stuart Blackton. 1907). On y voit en effet le mobilier d’un hôtel bouger tout seul, comme par magie. Le public connaissait les féeries de Méliès, mais il n’avait encore jamais vu d’objets animés. Les caméras étaient encore actionnées à la manivelle et – douze ans après l’invention du cinéma ! – on venait enfin d’inventer le « one turn, one picture » (en France : « le tour de manivelle ») qui permettait de filmer image par image. Cohl se dit alors qu’un procédé si spectaculaire avec des objets le serait encore plus avec des dessins. Ainsi naquit Fantasmagorie.

Première image du film : la main de l’auteur dessine un petit clown en blanc sur fond noir. Celui-ci se dédouble en un petit bonhomme rondouillard, qui tombe sur un fauteuil dans une salle de spectacle. La suite est inracontable, suite de métamorphoses graphiques (aux Etats-Unis, le film fut rebaptisé Metamorphosis) avec un savoureux côté « marabout-de-ficelle », dans un foisonnement d’idées surréalistes avant la lettre.

Cohl avait travaillé de façon artisanale, sa caméra vissée sur pied, les quelque mille dessins du film étant fixés un à un sur une planche verticale, en se repérant sans doute avec des épingles. Plus tard, il inventera le premier « banc-titre » (avec caméra surplombant les dessins posés à plat sur une table).

La première projection eut lieu le 17 août 1908 au Théâtre du Gymnase…. il donc n’est pas inutile de rappeler que la joyeuse vitalité (toujours intacte) de ce petit film eut une influence décisive sur des cinéastes comme Len Lye, Norman Mac Laren, Winsor MacCay… Et Walt Disney lui même qui, le jour où on lui remit la légion d’honneur, rendra hommage à Emile Cohl… lequel mourut oublié et dans la misère en 1938.

Les droits de l’enfant

L’actualité récente rappelle de manière cruelle combien l’enfance a besoin d’être protégée, et surtout combien les droits de l’enfant restent et doivent demeurer une priorité à défendre.

Chaque enfant  –   Ce court métrage d’animation d’Eugene Fedorenko raconte l’histoire d’un enfant rejeté et recueilli par deux clochards. Ce film, qui a remporté l’Oscar du meilleur court métrage d’animation en 1979, a été réalisé pour commémorer la déclaration de l’UNICEF sur les droits de l’Enfant. Il illustre le principe suivant : «L’enfant a droit, dès sa naissance, à un nom et à une nationalité. » Un court métrage sans parole avec la participation des Mimes électriques au bruitage.

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Aujourd’hui en prime, un montage des productions d’élèves confinés suite au visionnage du film « One Week » de Buster Keaton… Après que l’on vienne pas me dire qu’elles n’ont pas d’idées les maîtresses! Merci Christelle Marty!

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The Freshman

The Freshman (Vive le sport) Avec Harold Lloyd. Ce film de comédie raconte l’histoire d’un étudiant de première année qui essaie de devenir populaire en rejoignant l’équipe de football de l’école. 

A  la rentrée, Harold Lamb sera admis au Collège (soit l’Université, pour les Américains) ! Il est impatient ! Il se voit déjà reconnu et admiré comme l’étudiant le plus populaire. Il se chorégraphie donc une petite gigue pour se présenter à ses congénères, avant de leur serrer la main. Il a vu ça dans un film et est convaincu que ce sera la clé de son succès. Mais ces entrechats vont vite le stigmatiser dans un sens contraire à celui espéré, et le pauvre Harry Lamb devra affronter bien des déconvenues et bien des moqueries, avant que le sort lui accorde, in extremis, l’occasion de se surpasser pour sauver son équipe, dans un match décisif de football américain…

Harold Lamb est un jeune garçon timide, gauche et têtu au plus haut point. Rien ne peut le détourner de son but, même si les moyens qu’il emprunte pour y parvenir ne sont pas forcément adéquats ! Cela, pour notre plus grand bonheur bien sûr, puisque c’est de ce décalage que naîtront toutes les situations cocasses, qui nous feront bien rire.

D’abord, Harold se croit dans un film ! Ensuite, et à cause de cela, il ne voit pas ce qui se déroule autour de lui. Tel un Don Quichote, qui ne verrait que ce qu’il voudrait voir. Enfin, il n’est pas conscient non plus de ce qui lui arrive, c’est ce qui forge son caractère de forcené et fonde sa foi en lui-même. Ainsi, dans Vive le sport ! n’a-t-il de cesse de vouloir atteindre son but : devenir populaire. Il ne se rend pas compte qu’il est la risée de tout le Collège, et il n’en est que plus attachant.

L’amour l’effarouche, un regard langoureux d’une jeune femme le fait immédiatement piquer un 100 m ! Sa rencontre avec celle qui deviendra son amoureuse, Peggy, se déroule dans un train. Le hasard, fidèle complice des burlesques, les place l’un à côté de l’autre. Peggy fait des mots croisés, cherchant le mot correspondant à la définition « nom de l’être aimé ». S’en suit une succession de mots doux, alternativement murmurés l’un à l’autre, jusqu’à ce qu’une vieille dame attendrie par cet échange, les déclare unis, tourtereaux officiels. Il faut voir alors Harold bondir ! Harold-le-timide sortir de ses gonds ! Et la catastrophe qu’il occasionne !

Harold, en danger perpétuel, nous rend hilares lorsque son destin, finalement, ne tient presque plus qu’à un fil : durant le bal, son costume trois pièces (trop rapidement assemblées par le tailleur) se découd peu à peu… Harold finira-t-il donc absolument dénudé?

Le clou de Vive le sport ! est sans doute la séquence finale, où jamais le suspens fut si intense, jusqu’à ce qu’Harold puisse enfin poser un pied sur le stade pour laisser s’exprimer sa rage de réussir à s’imposer !

Qu’on lui accorde sa chance ! Et n’attendons plus ! Vive le sport !

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Norman Mc Laren

Il était une chaise de Norman mac Laren

« J’ai pu regarder à l’ONF vos travaux récents, ce que vous faites est unique au monde, unique dans l’histoire du cinéma, j’avais les larmes aux yeux en regardant vos films, et je me sentais un cinéaste bien lourd en voyant vos danseurs en slow motion but in strong émotion. » François Truffaut (lettre à Norman McLaren, 1973)

Je vous ai déjà parlé de ce réalisateur… Norman Mac Laren… Il avait fort a faire avec un microphone dans le dernier film que je vous ai parlé, aujourd’hui c’est au tour d’un de ses collègues avec une chaise… Ci après l’extrait d’un entretien avec Norman McLaren réalisé par Maynard Collins

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 « – Vous avez fait certains films abordant un thème important : le pacifisme, qui imprègne une partie de votre filmographie.

– Au sens large, Il était une chaise est effectivement un film pacifiste.

 – Vous avez déjà affirmé que c’était un film sur l’oppression. Quand je l’ai vu pour la première fois j’ai pensé que la chaise symbolisait la Femme.

– C’est une interprétation valable mais j’en ai entendu plusieurs autres. Une enseignante américaine m’a fait parvenir une trentaine de courtes dissertations que ses élèves avaient rédigées. La plupart des adolescents considéraient que le film décrivait la relation étudiant / professeur. Selon eux, le film insistait sur le fait que l’élève méritait davantage de considération de la part de l’enseignant. Alors je crois que le discours du film est ouvert à diverses lectures. Je sais ce qui m’a motivé à faire le film, même si je l’ai compris seulement après l’avoir complété. C’est tout simplement que, dans ma vie privée, j’avais l’impression que certains amis s’étaient trop appuyés sur moi. Ce film a donc été une sorte de thérapie. Il est amusant de constater à quel point un film peut trouver sa source dans un tout petit élément, dans quelque chose de très précis. Pendant le tournage des Voisins, j’avais vu l’un des acteurs se débattre en essayant d’ouvrir une chaise longue pliante. Je me suis dit : « Voilà un sujet de film : le combat d’un homme et d’une chaise ! » J’avais donc en tête une sorte de transat, je voyais l’affrontement, mais je ne trouvais pas la fin du film. J’ai mis l’idée de côté pendant au moins cinq ans, puis un jour ça m’est revenu et là j’avais une idée pour la fin : la chaise assise sur l’homme. Ce n’était pas une grande fin, mais c’était une fin. Il fallait seulement changer le type de chaise et j’avais la possibilité d’un combat avec un revirement final. J’ai aussitôt parlé de l’idée à Claude Jutra. Il était disponible alors il m’a dit : “Pouvons-nous y travailler ensemble ?” J’en étais enchanté. Nous avions le squelette du film et il y a mis toute sa créativité et son sens du détail.» Cinq ans après le choc provoqué par Voisins et quatre ans avant Discours de bienvenue de Norman McLaren, le cinéaste nous offre cette fable politique, utilisant de nouveau un acteur – cette fois-ci son coréalisateur, Claude Jutra – qu’il intègre dans une démarche esthétique relevant du cinéma d’animation, mais se situant techniquement à la frontière entre l’animation et les prises de vues réelles (le film compte une faible proportion de prises de vues image par image). »

Alice au pays des merveilles

Alice au pays des merveilles  La toute première version cinématographique du conte de Lewis Carroll. Basé sur les illustrations originales de Sir John Tenniel. (1903)

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Une fois perdue, cette version silencieuse de huit minutes, très endommagée mais très délicieuse d’ Alice au pays des merveilles a été restaurée il y a plusieurs années par le British Film Institute . Il s’agit de la première adaptation cinématographique du classique Lewis Carroll de 1865  . Et à l’époque, la durée originale de 12 minutes (huit sont tout ce qui reste) en faisait le plus long film sorti de l’industrie cinématographique britannique naissante.

Après environ une minute, l’œil ignore les dommages du film, comme l’oreille ignore un disque rayé de 78 tr / min. Les téléspectateurs peuvent s’attendre à plusieurs vignettes du roman, pas à une narration fluide. Cela commence avec Alice suivant le lapin blanc dans le trou, la séquence «mange-moi» et «bois-moi», le bébé qui couine qui se transforme en porcelet, le chat du Cheshire, le Mad Tea Party, et la reine rouge et sa carte à jouer les serviteurs. La coloration du négatif est une reconstitution BFI des couleurs d’origine, soit dit en passant.

Le film a été produit et réalisé par Cecil Hepworth et Percy Stow à partir de leurs studios Hepworth à Walton-on-the-Thames, près de Londres. Ils montrent une connaissance de la supercherie de la caméra inventée quelques années plus tôt par Georges Méliès , comme Alice qui rétrécit et grandit et l’apparition du chat du Cheshire. Soit dit en passant, ce chat était l’animal de compagnie de la famille Hepworth. Hepworth lui-même joue le valet de pied à tête de grenouille, et sa femme a joué la Reine Rouge.

May Clark, qui jouait Alice, avait 18 ans à l’époque et avait déjà travaillé sur plusieurs productions de Hepworth, et pas seulement sur le théâtre. Selon sa biographie du projet Women Film Pioneers , elle a fait un peu de tout dans le studio, «des effets spéciaux et de la décoration à la conception de costumes et à la menuiserie». Les premiers jours du film ont un vrai «projet étudiant», pas de rôles clandestins, juste tout le monde y participe.

Quant à Cecil Hepworth, il est apparu destiné à une carrière dans le cinéma, alors que son père dirigeait des spectacles de lanternes magiques. Cecil a travaillé pour plusieurs sociétés avant de créer la sienne et a écrit l’un des premiers livres sur le sujet, Photographie animée: L’ABC du cinématographe . Son entreprise a continué à faire des films dans ce style précoce jusqu’en 1926, mais a fini par manquer d’argent. Pour rembourser ses dettes, la société de mise sous séquestre a fait fondre ses films pour obtenir l’argent, ce qui était la raison pour laquelle la plupart des chercheurs pensaient que ses films étaient perdus. En 2008, un de ses films a été découvert, puis «Alice». Il y en a peut-être encore d’autres…

Open Culture

Émile Reynaud

Aujourd’hui nous ne prendrons pas trop de votre temps avant un week-end chargé en émotions cinématographiques animées…

Mais s’il faut un jour dire que l’on sait ce qu’est un film d’animation, obligatoirement on ne pourra pas faire l’économie de nous pencher sur un ses précurseurs, un génie au talent incontestable, mais un génie malheureusement oublié ! je veux vous parler de Charles-Émile Reynaud.

Je vous propose de regarder la première animation, exposée en octobre 1892 lorsque Charles-Émile Reynaud ouvre son Théâtre Optique au Musée Grévin. Reynaud a développé le système de film en 1888, et il est également considéré comme la première utilisation de perforations de film. Pauvre Pierrot se composait à l’origine de 500 images peintes individuellement.

Jeune professeur au Puy-en-Velay, Émile Reynaud se passionne très tôt pour la lanterne magique et les jouets d’optique. S’inspirant du Phénakistiscope de Joseph Plateau (1832), il conçoit en 1877 son « Praxinoscope » (de deux mots grecs signifiant « action » et « montrer »), où douze images successives représentant un mouvement sont obturées une à une, au moyen de douze miroirs prismatiques rotatifs. Reynaud commercialise avec succès son appareil en 1878 et s’attache à le perfectionner : le Praxinoscope-théâtre en 1879, par exemple, offre de charmantes images lithographiées et animées en trois dimensions.

La version la plus complexe, le Théâtre optique, est brevetée le 1er décembre 1888. Reynaud tente de vendre cet appareil, mais en vain. Il se décide alors à l’exploiter lui-même. L’inauguration des Pantomimes lumineuses a lieu au musée Grévin, 10 boulevard Montmartre à Paris, le 28 octobre 1892. Les projections, accompagnées par la musique de Gaston Paulin, connaissent un succès durable : quelque 500 000 personnes ont assisté, entre 1892 et 1900, à 12 800 séances du Théâtre optique.

Dans cet appareil volumineux, une longue bande peinte de 70 mm de large, régulièrement perforée entre les images, défile devant le condensateur d’une lanterne, grâce à un tambour à goupilles saillantes. La bande peut progresser en avant ou en arrière, au gré de l’opérateur. Les images se réfléchissent sur les prismes en rotation, puis sont projetées sur un miroir, et enfin sur un écran. Piano et effets acoustiques accompagnent les saynètes. C’est un spectacle vivant, Reynaud pouvant varier les effets et la vitesse de ses personnages animés.

Refusant l’aide de la photographie, Émile Reynaud a peint, une par une, les images (mesurant 6 × 6 cm) de chacune des bandes de son répertoire. Travail de bénédictin, lorsqu’on sait qu’Autour d’une cabine, par exemple, projeté au musée Grévin en 1894, contient 636 poses peintes sur gélatine (la bande mesure 45 m de long). En tout, Reynaud a peint minutieusement, avec grande poésie, sept saynètes : Pauvre Pierrot !Autour d’une cabineUn rêve au coin du feuLe Clown et ses chiensUn bon bockGuillaume TellLe Premier Cigare.

La cinématographie va rendre obsolète la méthode artisanale et solitaire de Reynaud, qui meurt dans la misère en 1918. Désespéré, il a détruit son Théâtre optique et la majorité de ses bandes peintes. Seuls deux chefs-d’oeuvre ont survécu, Pauvre Pierrot ! et Autour d’une cabine. Avec Émile Reynaud, l’art des projections lumineuses a atteint un sommet d’audace technique et de poésie. Il a ouvert la voie au dessin animé cinématographique : Walt Disney le reconnaîtra comme l’un des plus grands précurseurs.

Laurent Mannoni
directeur scientifique du patrimoine et du Conservatoire des techniques Cinémathèque française

Max Linder

Le saviez-vous ? Les premiers comiques du cinéma muet furent français ! Max Linder, le plus connu, se lance dans le cinéma en 1905. Il incarne un personnage de dandy séducteur plongé dans des situations burlesques.

Populaire au point d’être sollicité par Hollywood et tenu par Chaplin pour son maître, le Français Max Linder s’impose comme le premier grand acteur-auteur du burlesque. Reconnaissable par son chapeau haut-de-forme, sa moustache et son regard noir brillant, son personnage de séducteur donne naissance à un art raffiné et inventif, qui ne se limite pas aux culbutes et aux courses-poursuites. Face aux obstacles rencontrés, il déploie de stratégies savantes (dont un combat avec lui-même), joue avec les formes et invente un monde aux apparences trompeuses et changeantes. Beaucoup de ses trouvailles seront reprises, comme ce célèbre gag de Sept ans de malheur (1 921) – qu’on retrouve entre autres en 1933 dans La Soupe au canard avec les Marx Brothers – où son reflet dans un miroir est joué par un « autre lui-même ». Linder est le précurseur d’une poésie burlesque à la française, distillée et distinguée, qui aura pour héritiers Jacques Tati et Pierre Étaix. Je vous propose donc de découvrir « Max veut prendre un bain » de et avec Max Linder !

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Le ballon rouge

Le Ballon Rouge d’Albert Lamorisse

Paris, dans les années 50. Pascal, un bambin de 6 ans, libère un ballon rouge accroché à un réverbère. Le ballon se met à suivre l’enfant partout où il se rend. Cette étonnante complicité entre le petit bonhomme et le jouet suscite la curiosité, puis la jalousie des enfants plus grands qui, cherchant en vain à s’approprier ce ballon apprivoisé, finissent, de dépit, par le faire éclater. Pour consoler Pascal, meurtri par la disparition brutale de son compagnon, des centaines de ballons multicolores affluent de tous les coins de Paris et s’attachent à l’enfant pour l’emporter dans les airs…

« A une époque où le cinéma pour enfants n’était pas encore un filon, Albert Lamorisse faisait figure de pionnier. A l’opposé de l’anthropomorphisme puéril de Disney ou de Jean Tourane (le cinéaste oublié de SaturninLe petit canard ), les films de Lamorisse sont des contes oniriques (un peu surannés sans doute) qui misent sur l’intelligence et la sensibilité du jeune public. Il en va ainsi du Le Ballon rouge, Palme d’or du court métrage 1956, sur l’amitié d’un poulbot et d’une baudruche cerise.

Dans un article publié dans les Cahiers du cinéma en 1957, le critique André Bazin (qui officiait aussi dans les colonnes de Radio-cinéma-télévision, l’ancêtre de Télérama ) montre comment le cinéma selon Albert Lamorrisse valide avec bonheur sa fameuse théorie du« montage interdit » (1) : elle plaide pour le réalisme du plan-séquence et proscrit le recours au champ-contrechamp, nuisible, selon ses critères, à la crédibilité de l’action. A fortiori si cette action est surnaturelle, il est indispensable de voir, dans le même plan, le poulbot suivi par son ballon « magique ». A l’heure du trucage numérique, une telle démonstration n’a plus de raison d’être, mais elle témoigne de la passion pour les questions esthétiques qui habitait la critique dans les années 50 et qui semble aujourd’hui l’avoir désertée. »

TELERAMA

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