Histoire du cinéma d’animation

Je vous propose  de revenir sur l’histoire de cette forme de cinéma singulière suivant une frise proposée par le site UPOPI (Textes : Simon Gilardi, Denis Walgenwitz. Réalisation : Ciclic en partenariat avec le Conseil général d’Eure-et-Loir, 2014.) .

Aujourd’hui:

INDUSTRIE / AVANT-GARDES

Après les expérimentations des pionniers, l’animation s’industrialise, grâce notamment à plusieurs inventions. Le Québécois Raoul Barré met au point la perforation standard des feuilles de dessin ainsi qu’un système permettant de ne pas avoir à redessiner à chaque image les parties immobiles. En même temps Earl Hurd fait breveter le cel process, encore utilisé : on dessine les parties mobiles sur des feuilles de celluloïd transparent, appliquées sur les décors peints une fois pour toutes.
La division du travail, orchestrée aux États-Unis par John Randolph Bray, permet d’augmenter considérablement la production de dessins animés et engendre les premières séries comiques. Après le succès énorme de son personnage Mickey Mouse, Walt Disney va accélérer l’industrialisation dans les années 1930 (il a 6 employés en 1928, 1600 en 1940).

En marge de la standardisation dont Disney est le principal acteur, l’animation reste un espace d’expérimentations. De nouvelles techniques sont popularisées mais surtout, les artistes avant-gardistes en exploitent les possibilités, notamment non figuratives, aidés à partir de 1927 par l’arrivée du cinéma parlant.

1915- La Rotoscopie

Les frères Fleischer invente le rotoscope, qui permet de dessiner sur des images en prise de vues réelles et d’obtenir ainsi une animation réaliste. Ils l’utilisent pour leur série Out of The Inkwell puis sur leur long métrage Les Voyages de Gulliver. La technique est très vite récupérée par Disney (par exemple sur Blanche Neige et les sept nains) puis par des animateurs comme Ralph Bakshi (American Pop, 1981) également dans le sens d’un rendu réaliste.
Mais d’autres animateurs utilisent la rotoscopie pour basculer du réel à l’imaginaire  (le clip de Take on Me du groupe A-Ha) et créer des effets d’inquiétante étangeté (A Scanner Darkly de Richard Linklater).
Cette technique est également mise au service des effets spéciaux, par exemple pour dessiner la vibration lumineuse des fameux sabres laser de La Guerre des étoiles.

Out of The Inkwell – Bedtime, Dave Fleischer, 1923

1917- Long métrage

La satire politique El Apóstol, de l’Argentin Quirino Cristiani, est à ce jour le premier long métrage d’animation répertorié. Dans la foulée, d’autres longs métrages sont réalisés en Argentine, dont Peludópolis, premier long métrage d’animation sonore, mais aucun n’a été conservé.

apostol

1918 Films didactiques

Le pouvoir d’attraction du cinéma d’animation est mis au service de films didactiques. Émile Cohl filme La Bataille d’Austerlitz (1910), O’Galop (créateur du bibendum Michelin) réalise des films sur les dangers de l’alcool, les frères Fleischer vulgarisent la théorie de la relativité d’Einstein (1923).
En 1969 aux États-Unis, Sesame Street est créé afin de proposer une alternative aux écoles maternelles payantes. Un nombre important de très courts films d’animation y sont produits à des fins d’apprentissages du calcul, des lettres, des couleurs, etc. La force visuelle de l’animation montre alors une efficacité sans égal.
Plus tard, des séries destinées au jeune public retrouvent des buts de prévention (les épilogues d’Inspecteur Gadget) et de vulgarisation (les Il était une fois…, lancés en 1978).

Marius O’Galop, Petites causes, grands effets (film de prévention contre l’alcoolisme), 1912

1919 – Séries

Félix le chat est la plus populaire des premières séries animées, avant l’arrivée de Mickey. Créé en 1919, ce personnage devient la première star mondiale de l’animation, la première aussi à générer des produits dérivés.
Dans les mêmes années d’autres séries à succès sont produites, comme Mutt and JeffKrazy KatHeeza LiarLe Canard en ciné
Ces séries sont parfois adaptées de la bande dessinée ou des caricatures (« cartoon » en anglais) de presse, ce qui explique qu’aux États-Unis on appelle le dessin animé (animatedcartoon.

https://dai.ly/xz26t

Feline Follies, Otto Messmer et Pat Sullivan, 1919, édité en vidéo par Lumivision

1921 /1937 Avant-gardes

Au début des années 1920, en Allemagne, des peintres, graphistes, architectes, s’emparent du cinéma, notamment pour expérimenter les rapports entre l’image, la couleur et la musique, en particulier le rythme, comme l’indique le titre de leurs créations : Rhythmus 21 (Hans Richter), Diagonal Symphonie (Viking Eggeling) Komposition in blau (Oskar Fischinger, qui travaille en 1940 sur le Fantasia de Disney)…
Aux États-Unis, Mary Ellen Butte prolonge ces recherches dans les années 1930 avec Rhythm in Light et la série Synchromy, tandis qu’en France ce sont des artistes proches du surréalisme qui utilisent l’animation pour leurs expérimentations visuelles, par exemple Fernand Léger (Ballet Mécanique, 1924), Man Ray (Emak Bakia, 1926) ou Marcel Duchamp (Anémic Cinéma, 1926).

Lichtspiel Opus I, Walter Ruttman, 1921, distribué en salles par Lightcone

1926 –

Papiers découpés

En 1926 sort Les Aventures du prince Achmed. Ce long métrage réalisé par Lotte Reiniger popularise l’animation en papiers découpés. Cette technique sera beaucoup utilisée de la fin des années 1950 au début des années 1980, en particulier en Pologne, par Jan Lenica (La Maison, 1958) ou Piotr Kamler (Cœur de secours, 1973).
Au Canada, Norman McLaren réalise Le Merle (1958) avec cette technique, mise en lumière en France par René Laloux (La Planète sauvage, 1973), Jean-François Laguionie (La Demoiselle et le violoncelliste 1965) ou encore Michel Ocelot.
Plus récemment, la série comique South Park a su tirer profit de l’animation limitée propre à cette technique.

Les Aventures du prince Ahmed, Lotte Reiniger, 1926, édité en vidéo par Carlotta

1927- Son

Les avant-gardistes utilisaient le son en animation avant même l’arrivée du cinéma parlant. Il n’est donc pas étonnant qu’aussitôt après celle-ci les animateurs s’intéressent de près à la bande-son et en particulier à l’interaction entre image et musique.
La musique est même souvent prise comme point de départ, que ce soit dans les Silly Symphonies (Disney) ou les Merrie Melodies (Warner) ou chez des cinéastes plus aventureux comme Alexeïeff (Une nuit sur le mont chauve d’après Moussorgski) et Norman McLaren (Caprice en couleur d’après Oscar Peterson). Ce dernier va jusqu’à composer la musique en grattant la piste son de la pellicule elle-même (Dots, 1940).
Plus récemment les documentaires animés (cf. Conversation Pieces) prennent comme point de départ des témoignages sonores qui donnent un souffle nouveau aux personnages animés incarnant ces voix réelles.

À la pointe de la plume, film didactique de Norman McLaren, 1951, distribué par Les Films du Paradoxe

18 novembre 1928 – Walt Disney

En 1928 sort un des premiers dessins animés sonores, Steamboat Willie. Il s’agit de la première apparition publique de Mickey. Le succès est au rendez-vous et donne les moyens de ses ambitions à Walt Disney, qui produit régulièrement des longs métrages à partir de Blanche Neige et les sept nains en 1937. Disney devient pour longtemps l’unique référence en matière de dessin animé grand public.
Il ouvre une école pour former ses propres animateurs, accentue la division du travail : à partir du storyboard, les dessinateurs se servent des model sheets, pour dessiner les poses clés, puis les poses principales de chaque plan. Les intervallistes se chargent des phases intermédiaires, tandis qu’on confie à d’autres l’encrage, la mise en couleur, ou encore la prise de vues sur banc-titre.

1930 –  Marionnettes

Dès 1907 Edwin S. Porter utilise les marionnettes dans The Teddy Bears, mais c’est Ladislav Starevitch qui donne à la technique ses lettres de noblesse.
Par la suite, la Tchécoslovaquie, de par sa tradition de spectacle de marionnettes, devient le pays phare pour cette technique, avec des cinéastes comme Jiri Trnka (La Main, 1965). Plus récemment, Tim Burton et Henry Selick ont produit ensemble ou séparément des œuvres comme Vincent (1982) ou Coraline (2009).

L’animation de marionnettes (on dit aussi animation de poupées) est un des types d’animation en volume, qui comprend l’animation d’objet, la pixilation (animation d’êtres vivants) ou encore la pâte à modeler.

Les Fables de Starewitch, 2011, Ladislav Starevitch © Les Acacias

1933- Écran d’épingles

Technique extrêmement rare, l’animation à l’écran d’épingles est inventée par le graveur d’origine russe Alexandre Alexeïeff et sa femme Claire Parker pour Une nuit sur le mont chauve, qu’ils réalisent seuls.
Un écran blanc vertical est traversé de 240 000 épingles et éclairé de biais. Les épingles forment donc des ombres d’importances variables selon qu’elles s’y enfoncent plus ou moins. On obtient ainsi une riche gamme de tons allant du sombre au clair. Des sujets y sont façonnés en bas relief, et sont filmés image par image pour prendre vie. L’usage de différents outils ou objets permet de créer des trames et des reliefs particuliers.
En dehors des quatre autres films d’Alexeïeff-Parker, l’écran d’épingles n’a été utilisé que par Jacques Drouin et tout récemment par Michèle Lemieux.

Le Nez, Alexandre Alexeieff et Claire Parker, 1963, édité en vidéo par Re:voir

1933 – Effets spéciaux

L’image par image a très vite été mise au service des effets spéciaux : escamotages de Méliès, animations d’objets de Charley Bowers… Ce dernier anime aussi des poupées qui, modelées et mélangées à de vrais acteurs par Willis O’Brien, vont longtemps peupler le cinéma fantastique, de King Kong aux créatures de Ray Harryhausen ou de Phil Tipett (La Guerre des étoiles).
Pour Jurassic Park (1993), si Spielberg choisit d’abandonner l’animation en volume au profit des images de synthèse pour mieux mélanger images animées et prises de vues réelles, c’est à Tipett qu’il en confie la tâche.
La motion capture brouille également la frontière entre ces deux types d’image. On peut la voir comme une nouvelle forme de rotoscopie, puisqu’il s’agit aussi de partir des mouvements d’un acteur réel pour dessiner une créature par-dessus (voir le Gollum de Peter Jackson).
Ainsi l’image par image, qui est à l’origine du cinéma, est aussi à la base de ses dernières innovations.

King Kong de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, 1933, édité en vidéo par Les éditions Montparnasse

1935 –  Animation sans caméra

« On utilise l’expression « animation sans caméra » pour désigner les techniques du dessin et de la gravure sur pellicule. Ces procédés, en effet, ne nécessitent aucune prise de vues mécanique, l’image étant tracée directement sur la pellicule par le cinéaste, à l’aide d’encres (dans le cas du dessin) ou d’un instrument pointu avec lequel on gratte l’émulsion (dans le cas de la gravure).
Ces techniques trouvent leur origine dans l’incursion des peintres d’avant-garde dans le cinéma, autour de 1910.[…]
Le Néo-Zélandais Len Lye et le Canadien d’origine écossaise Norman McLaren sont les deux premiers cinéastes à avoir réalisé une œuvre accomplie et soutenue à partir des techniques d’animation sans caméra. »
Marcel Jean, extrait du site Objectif animation de l’ONF.

Montage d’extraits de trois films réalisés par Len Lye dans les années 1935-1937 : KaleidoscopeA Colour Box et Colour Flight, édités en vidéo par Re:voir

 

Histoire du cinéma d’animation

 L’animation est à l’origine du cinéma. Animer, c’est en effet donner l’illusion du mouvement à partir d’une suite d’images fixes. On décompose un mouvement en une série de dessins qu’on projette ensuite tellement vite que l’œil ne perçoit pas séparément chaque phase du mouvement, mais un mouvement continu. C’est sur ce principe qu’ont été inventés les jouets optiques, puis les pantomimes d’Émile Reynaud et enfin les photographies animées des frères Lumière. 

Au fond, tous les films sont donc des films d’animation. Les Lumière et leurs successeurs ont laissé tourner la caméra, mais quelques artistes patients ont continué de fabriquer leurs films image par image, avec diverses matières premières : papier, poupées, peinture, pâte à modeler… jusqu’aux pixels des ordinateurs

Je vous propose durant les prochains jours de revenir sur l’histoire de cette forme de cinéma singulière suivant une frise proposée par le site UPOPI (Textes : Simon Gilardi, Denis Walgenwitz. Réalisation : Ciclic en partenariat avec le Conseil général d’Eure-et-Loir, 2014.) .

Aujourd’hui:

Les pionniers du cinéma d’animation.

Le cinéma d’animation naît en deux temps : d’abord avec le théâtre optique d’Émile Reynaud, puis une deuxième fois après l’invention du cinématographe, quand des bricoleurs parviennent à appliquer l’image par image à ce dernier, d’abord pour produire des effets spéciaux, puis pour créer des œuvres à part entière.

Parmi les pionniers, souvent solitaires, de l’animation, beaucoup viennent du dessin de presse. Le dessin animé est donc rapidement majoritaire. Mais presque toutes les techniques sont expérimentées dès les premières années. Ainsi, bien davantage que le cinéma tourné en temps réel*, l’animation devient le cousin des autres arts : sculpture, peinture, musique (avant même l’arrivée du parlant)…

Étonnés et fiers de leur découverte, les premiers animateurs montrent leurs mains donnant vie à la matière. Cette capacité à donner vie restera une des inspirations majeures de l’animation, tout comme son aptitude à créer des métamorphoses infinies.

Théâtre optique

Première séance publique du théâtre optique d’Émile Reynaud, au musée Grévin à Paris. On y projette des pantomimes lumineuses, véritables dessins animés de 5 à 10 min, qui connaissent un immense succès jusqu’en 1900.
On avait déjà animé des images, mais uniquement de façon cyclique avec les jouets d’optique tels que le zootrope. Le théâtre optique permet la création de scènes dont la durée ne dépend que de la patience de l’artiste qui doit dessiner chaque image (les bandes de Reynaud sont constitués de plus de 500 images).
C’est bien de l’animation, mais pas encore du cinéma, puisque ce dernier n’existe pas encore.

Cliquez ici pour voir la pantomime lumimeuse
« Autour d’une Cabine »

Arrêt de la caméra

La légende veut que, par accident, Georges Méliès ait découvert le « truc par arrêt » : en arrêtant puis en relançant la caméra, il aurait créé des effets spéciaux, par exemple des escamotages et des métamorphoses.

Voir « Le château hanté » (1897) de Georges Méliès édité par Lobster film

Image par image

Dans la foulée de Méliès, certains réalisateurs systématisent l’usage du truc par arrêt de la caméra, au point de réaliser presque entièrement leur film image par image.
Les premiers « personnages » animés sont des objets réels :
Arthur Melbourne Cooper anime des allumettes dans une publicité (Matches : an Appeal, 1899), Segundo de Chomon et James Stuart Blackton mettent en scène des hôtels magiques (The Haunted Hotel,1907 ; El Hotel Electrico, 1908).

Dessin animé

L’arrêt de la caméra est ensuite appliqué au dessin. Dans The Enchanted Drawing (1900), James Stuart Blackton mélange dessin et animation d’objets, avant d’animer des caricatures à la craie dans Humorous Phases of Funny Faces (1906).

Mais c’est Fantasmagorie d’Émile Cohl (dont nous avons déjà parlé sur ce blog en date du 17 avril) qui est le plus souvent considéré comme le premier dessin animé de l’histoire du cinéma, car pour la première fois l’image par image n’est pas utilisé pour créer des effets spéciaux mais pour raconter une histoire.

Winsor McCay

Auteur de bandes dessinées, l’Américain Winsor McCay se lance seul dans l’animation de son personnage Little Nemo, puis dans la réalisation de Gertie the Dinosaur (1914).

McCay est l’un des premiers à utiliser la boucle : il dessine un mouvement qui boucle sur lui-même pour pouvoir le répéter sans avoir à le redessiner.
Il utilise aussi le système des poses clés : il dessine d’abord les phases importantes du mouvement, avant d’en dessiner les intervalles.

A demain pour la suite….

Luminaris

Réalisé en 2011, Luminaris a accompli au printemps 2018 un exploit peu banal, celui d’entrer dans le célébrissime Livre Guinness des records, au sein de la catégorie des films les plus primés de l’histoire à la faveur de ses 324 prix récoltés dans les festivals à travers la planète ! Un tel score impressionne et traduit parfaitement l’universalité de l’humour déployé par le cinéaste argentin Juan Pablo Zaramella au fil d’une singulière fable burlesque, véritable bijou de pixilation s’engageant peu à peu dans les pas du Chaplin des Temps modernes.
La lumière se situe au cœur du récit, dont l’inscription entre les murs d’une fabrique d’ampoules met à jour des logiques de productivité entravant l’être humain, jusqu’à ce qu’un grain de sable, bien sûr, rebatte les cartes. Et l’individu astreint à une tâche ingrate et mécanique se libère enfin.

De ce monde fantaisiste et nimbé de poésie, un registre de dystopie se profile, laissant entrevoir la rébellion qui saisit l’employé modèle, “souffleur” d’ampoules qui détourne dès lors son matériau de production – des billes gobées et mâchées comme des chewing-gums ! – pour mieux s’opposer à l’ordre établi et à son acariâtre contremaître. Les niveaux de lecture se démultiplient et l’amour triomphe, dans un univers volontiers “bricolé” qui évoque parfois – voir ce coton qui sort des oreilles pour exprimer la colère ! – la démarche d’un Michel Gondry et d’autres magiciens de l’image.

L’extracourt.com

Pour voir le film, cliquez sur l’image!

Claude Marty

On connaît tous pour peu que l’on vive dans l’Aude, Claude Marty…

C’est en effet l’un des plus célèbres chanteurs occitans. Mais saviez vous que l’on lui doit des musiques de film pour la télévision – Un été albigeois (FR3), Ces grappes de ma vigne (A2) ?

Et pour le cinéma : une participation à « Conte d’automne »  d’Éric Rohmer avec Gérard Pansanel, Antonello Salis et Pierre Peyras, mais aussi une autre dans  un film de 52 minutes, « Et pourtant elle tourne », tourné pour FR3 en 2008 et écrit par Gérard Pansanel ?

Je vous propose aujourd’hui de regarder un documentaire intitulé « Claude Marti » accessible sur le site de l’INA dans la série Des talents et des gens

On y voit en 1977 Claude Marti originaire de Couffoulens dans l’Aude où il exerce son métier d’instituteur. Le jour avec ses élèves, c’est la leçon d’histoire naturelle et de géographie dans Les vignes du Languedoc, le soir, devant son public, le cri d’un pays qui veut vivre et qu’il a décidé de défendre. Au cours de cette rencontre, Claude MARTI « instituteur chantant » parle de sa conception de son métier et explique comment il est venu à la chanson en languedocien. Il y dit son refus de la violence économique…

Pour voir le film sur le site de l’INA, cliquez sur l’image

Lotte Reiniger

Aucassin et Nicolette de Lotte Reiniger

Réalisé par la célèbre cinéaste Lotte Reiniger, ce court métrage d’animation digne des plus grands contes de fée raconte l’histoire de deux jeunes amoureux vivant au Moyen Âge. Fantaisiste, sensible, plein d’action, Aucassin et Nicolette convie le spectateur à une véritable fête de l’œil par l’usage qu’il fait de la technique des ombres chinoises.

 Lotte Reiniger est née à Berlin le 2 juin 1899. Sa jeunesse est peu documentée, mais on sait que, petite déjà, elle se passionne pour les théâtres d’ombres venus d’Asie et pour les productions de Georges Méliès. Elle débute sa carrière dans la troupe du réalisateur Paul Wegener qui lui confie les génériques de ses productions. En 1919, elle réalise son premier court-métrage « Les ornements des cœurs amoureux », un premier film d’animation de silhouettes, qui lui permet d’être remarquée. En 1922, suivent les courts-métrages muets Cendrillon et la Belle au Bois dormant. En 1923, elle commence la réalisation des Aventures du Prince Ahmed, aidée de son époux Carl Koch à la prise de vue, Berthold Bartosch aux effets spéciaux et Walter Ruttmann pour les arrière-fonds qui étaient manipulés séparément des personnages. Ce film est aujourd’hui considéré comme le plus vieux film d’animation encore préservé. Montré pour la première fois au public en 1926, il confère à la jeune réalisatrice une notoriété et une reconnaissance internationale. Grâce à ce premier succès, elle réalise de nombreux courts-métrages inspirés de contes. Et ce jusqu’en 1979 !

En 1975 « Aucassin and Nicolette » et 1979 « The Rose and the Ring ». Elle s’éteint en 1981, peu après son 82e anniversaire, à Dettenhausen en Allemagne. Son œuvre impressionnante a inspiré de nombreux artistes qui ont fait appel à elle, mais également à des réalisateurs actuels dont le plus célèbre est Michel Ocelot, le réalisateur de Princes et Princesses.

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Alice Guy

Une des plus fidèles du site lescinephilesdedemain.blog me faisait remarquer, à juste titre, que tout ceci manquait cruellement de femmes…

Je vais tenter de réparer cette très cruelle injustice !

A la fin du XIXe siècle, une Française avait réussi à se faire une place au sein du gotha du cinéma naissant : Alice Guy. Femme indépendante, talentueuse et incroyablement avant-gardiste, elle est la première femme réalisatrice et productrice au monde. Un parcours de vie malheureusement méconnu du grand public pour une réalisatrice qui compte pas loin de 360 films à son actif…

Je vous invite à découvrir cette prestigieuse réalisatrice… qui, certainement bien malgré elle, tourna le premier film de propagande antiféministe de l’histoire du cinéma. Je ne vais pas me faire que des ami(e)s….

Il s’agit du film Les Résultats du féminisme, réalisé en 1906, d’une durée de 7 minutes. Les idées féministes sont présentées comme ridicules, voire dangereuses.

Le scénario imagine qu’à l’âge du féminisme, les hommes se comportent en femmes et les femmes en hommes. Ainsi, très efféminés, les hommes portent des fleurs dans leurs cheveux et font le ménage, la couture, le repassage… A l’inverse, dans un bar, les femmes boivent, fument et font des avances aux hommes.

Toutefois, vous en conviendrez certainement, ce qui est avant-gardiste, c’est qu’à cette époque, Alice Guy s’interroge sur les rôles alloués aux genres, en les caricaturant. En inversant les rôles, elle amène les spectateurs à s’interroger sur les genres eux-mêmes. Mais cette interrogation ne peut aller jusqu’au bout…

A la fin du film, les hommes se rebellent et retrouvent leur masculinité… Selon certains, cette fin aurait été demandée (malheureusement) par Léon Gaumont lui-même. Ce film fini donc, à l’insu de son plein gré, par dénoncer le féminisme qui tend ainsi à remettre en cause la différence des sexes.

Notons que, dans ce film, Alice Guy n’a pas osé demander aux acteurs de porter une jupe !

A 80 ans, la pionnière du cinéma rédige ses mémoires mais sa contribution au 7e art a été oubliée et le crédit de certains de ses films ont été attribués à d’autres. Faute d’éditeur, l’ouvrage ne paraîtra qu’après sa mort.

Elle entreprend enfin un dernier combat : récupérer ses films. Elle passera les dernières années de sa vie à la recherche de ses bobines. Elle qui fut l’une des réalisatrices et productrices les plus prolifiques de son temps, n’en retrouvera que trois de son vivant

En 1968, elle meurt à l’âge de 95 ans, dans l’indifférence.

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Pour en savoir plus sur Alice Guy, et le rôles des femmes dans l’industrie du cinéma:

Le jardin oublié – La vie et l’oeuvre d’Alice Guy-Blaché Film documentaire de 52 mn ONF

Alice Guy, pionnière oubliée du cinéma mondial Article TV5 Monde

Quand les femmes régnaient sur Hollywood Article Télerama

Tchou Tchou

Alors là aujourd’hui, je me fais plaisir et je retourne à mes premiers amours… Il y a 30 ans de cela (et oui, le temps passe) je menais des actions en direction des enfants de crèches et de maternelles. Mon souci c’était avant tout de permettre aux enfants d’accéder à des œuvres cinématographiques de qualité, mais pas à des films fait pour les enfants… Je m’explique : je voulais des films qui poussent à la réflexion, au dialogue, comme ceux que j’aime en tant qu’adulte, des films qui posent plus de questions qu’ils ne donnent de réponse. Et grâce à la cinémathèque Robert Lynen de la ville de Paris, j’ai découvert ce film. Il a fait partie d’une des premières projections de l’action Cinébambino que j’avais initiée. Ce que j’aime dans ce film, c’est bien sur ce qu’il raconte, mais aussi la manière dont il le fait, le suspens installé par la musique, l’ambiance sonore et la simplicité de réalisation à la portée de tous… Je vous invite donc à découvrir « Tchou Tchou »

Fait à partir d’un jeu de construction en bois, ce court métrage d’animation explore un monde imaginaire appartenant aux enfants. Une fille et un garçon s’amusent dans une ville de cubes, de cylindres et de cônes, qu’ils ont eux-mêmes bâtie. Surgit un dragon qui bouscule leurs blocs et dérange tout. Que faire et comment écarter l’intrus? Utilisant différentes astuces, ils réussiront à faire de leur ennemi leur meilleur partenaire. Film sans paroles.

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Fabrique ton Gromit en pâte à modeler

Bon on a vu pas mal de films depuis ce début de confinement, vous ne trouvez pas ?  Et si nous passions à l’action histoire de voir si nous avons « bien vu ».  Histoire de voir comment faire des images nous aide à mieux  voir les images, sans toutefois oublier que voir des images, nous aidera à mieux faire des images…

Nous allons à partir de maintenant vous proposer de faire un peu de cinéma afin de répondre à la demande de pas mal d’entre vous. On continuera de vous proposer de voir des films ne vous inquiétez pas, mais ce n’est pas pour rien qu’hier je vous ai invité à vous pencher sur la façon de faire des artistes en Stop Motion (filmer des marionnettes en volume, image par image).

Vous avez déjà tous eu l’occasion de voir certains films réalisés ainsi !

Aujourd’hui  je vous propose de regarder  un tutoriel vidéo, réalisé par L’équipée en 2016 et produit par le studio Folimage, qui  a pour objectif de montrer de manière pédagogique et ludique comment fabriquer le personnage de Gromit en  pâte à modeler. Vous n’aurez peut être pas les bonnes couleurs, vous n’aurez peut être pas le coup de main de l’artiste… mais amusez vous, faîtes vos Gromits, et envoyez nous des photos de vos productions… On les mettra en ligne avec grand plaisir !

Accédez au tuto en cliquant sur l’image

Et à toutes fins utiles, en ces temps de pénurie, si vous n’avez pas de pâte à modeler voici la recette d’une pâte à modeler maison que m’a envoyé une gentille maîtresse!

RECETTE DE LA PÂTE A MODELER MAISON DE MAÎTRESSE CHRISTELLE

Ingrédients (1 portion) Pour chaque portion

• 120 g de farine

• 20 g de sel fin

• 10 g de crème de tartre ou de bicarbonate de sodium

• 20 cl d’eau

• 1 cuil. à soupe d’huile végétale

• Quelques gouttes de colorant alimentaire

• Casserole

• Fouet

Préparation

1. ÉTAPE 1 : Dans une casserole, hors du feu, mélangez les éléments secs (farine, sel, crème de tartre). Versez l’huile.

2. ÉTAPE 2 : Versez l’eau.

3. ÉTAPE 3 : Toujours hors du feu, mélangez à l’aide d’un fouet. Le mélange doit être bien lisse.

 4. ÉTAPE 4 : Ajoutez quelques gouttes de colorant alimentaire et mélangez jusqu’à obtenir la couleur désirée. En refroidissant, les couleurs deviennent un tout petit peu plus intenses.

5. ÉTAPE 5 : Faites chauffer le mélange sur feu doux et fouettez.

6. ÉTAPE 6 : Le mélange va épaissir.

7. ÉTAPE 7 : Quand le mélange est plus épais et forme une boule qui se détache des parois de la casserole, c’est terminé. Cela prend quelques minutes.

8. ÉTAPE 8 : Mettez la pâte à modeler dans un bol. Ne jouez pas avec 🙂

 9. ÉTAPE 9 : Recouvrez le bol de film étirable et réservez au frais pendant au moins une heure.

10. ÉTAPE 10 : Votre pâte à modeler est prête à l’emploi. Vous pouvez préparer d’autres boules avec d’autres couleurs.

11. ÉTAPE 11 : Votre pâte à modeler se conserve au frais dans une boite hermétique pendant plusieurs semaines.

Patrick Bouchard

C’est la rentrée, mine de rien… alors rentrons dans le vif du sujet… comment fait-on un film d’animation en volume?

La réponse dans « 24 idées / seconde – Animation en volume »

Dans ce court métrage documentaire, Patrick Bouchard, spécialiste de l’animation de marionnettes et trois fois lauréat d’un prix Jutra, nous amène sur le plateau de tournage de Révérence. Ce film fait la lumière sur cette technique spectaculaire qui a connu un essor considérable à l’ONF depuis la fin des années 1960 grâce au travail de pionniers, tels que Co Hoedeman (dont nous vous avons déjà parlé lors de la proposition du film « The sand Castle- Le château de sable – voir le blog à la date du 2 avril). Les ramoneurs cérébraux, un court métrage de Patrick Bouchard réalisé avec des marionnettes inquiétantes, termine le tout.  Belle découverte à tous soyez curieux, étonnez vos regards!

Pour voir ce film sur le site de l’ONF
Cliquez sur l’image

Michaël Dudok De Wit

Père et fille –   Le court métrage déchirant racontant l’histoire d’un père qui dit au-revoir à sa fille et s’en va. Elle attend son retour des jours, des saisons, des années… de Michaël Dudok De Wit ce film a remporté l’Oscar 2000 du court métrage d’animation.

Pour voir le film, cliquez sur l’image

Ce court-métrage se distingue de la sélection par la charge émotive qu’il dégage. L’histoire racontée, celle de l’affection d’une fille pour son père mais aussi celle de la perte d’un être cher, peut serrer le cœur du spectateur. Mais ce sont surtout des choix de réalisation en parfaite symbiose avec l’histoire racontée qui sont à l’origine de la douceur et la mélancolie qui émanent du film.

La musique de Normand Roger qui enveloppe totalement le film et occupe toute la bande son (pas de bruits ou de paroles) joue un rôle très expressif. Jouée au piano et à l’accordéon, elle est construite, comme le film, selon le principe de la ritournelle.

L’histoire se structure autour du motif du cercle qui irrigue le film. Une importance remarquable est accordée à cette forme plastique : la roue des vélos, un détail a priori, est le seul élément souligné par des gros plans. La roue apparaît en surimpression au dessus d’un personnage puis revient au générique de fin. De même, le sens de déplacement des personnages, de droite à gauche qui contrarie notre mode de lecture occidental implique un retour dans le passé. Nous sommes projetés dans un âge d’or, l’enfance, à la recherche d’un temps perdu.

Le réalisateur a choisi de réaliser un lavis pour représenter ses décors. Cette technique consiste à diluer plus ou moins une couleur afin d’obtenir des dégradés et des effets de fondus. Contrairement à Au premier dimanche d’août où la peinture était matière et couleur, Father and daughter joue plutôt sur l’intensité de la couleur présente en couche infime.
Les bruns, les sépias, les orangés de chaque plan sont délicatement harmonisés grâce à des raccords en fondus. Pour lier les plans entre eux lors du montage, le réalisateur a souvent préféré ce type de raccord au traditionnel raccord cut. Ce choix donne non seulement l’impression du temps qui passe (pour condenser une vie en 9 minutes, ce court film a recourt à d’importantes ellipses) mais diffuse également une grande sérénité. En effet, le fondu permet de passer d’un plan à un autre en douceur : le premier plan disparaît progressivement à mesure que le second apparaît.

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