Charles Cros

Charles Cros (1842-1888)

« J’ai pénétré bien des mystères / Dont les humains sont ébahis : / Grimoires de tous les pays, / Êtres et lois élémentaires. » Charles Cros

Charles Cros est un personnage hors du commun. Peu d’individus peuvent comme lui s’enorgueillir de pouvoir porter les deux titres d’inventeur et poète… art et science, mariage possible !

Descendant d’une lignée de professeurs, natif de notre département (Fabrezan non loin de Lézignan-Corbières), Charles Cros fait ses études sous la direction de son père. En 1860, il entre comme surveillant à l’Institution des sourds-muets et commence des études de médecine qu’il ne tarde pas à abandonner. À partir de ce moment-là, vie mondaine et privée et carrière de chercheur vont être intimement mêlées. Il travaille à la conception d’un télégraphe automatique, qu’il présente à l’Exposition universelle de 1867, et envoie une note à l’Académie des sciences sur un projet de système de « reproduction des couleurs, des formes et des mouvements ».  Et ce qui nous intéresse, c’est que cette invention a un lien direct avec l’histoire du cinéma… Parallèlement, en 1869, il fait ses débuts poétiques dans « L’Artiste » ; il publie « Moyens de communication avec les planètes », collabore à « La Parodie » et au « Second Parnasse contemporain ». Alors qu’il séjourne à Sablé au début de 1877, Charles Cros qui sait combien enregistrer les sons puis les reproduire au moyen d’un appareil est une quête fort ancienne, rédige une courte note, « Procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe », dans laquelle il expose le principe de ce qu’il nomme « Paléophone » (« voix du passé »). Ecrire des mots, écrire des images, écrire des sons… tout est chez lui lié !

Ses amis s’appellaient Verlaine, Coppée, Villiers de L’Isle-Adam, Richepin, Germain Nouveau et Rimbaud mais, c’est Alphonse Allais qui restera le plus fidèle défenseur de la mémoire de son ami.

Lors d’un éloge funèbre qu’il lui consacre dans Le Chat noir le 18 août 1888

“Notre pauvre ami Charles Cros est mort. Le connaissant bien, je l’aimais beaucoup, et, quoique le sachant malade et affaibli depuis longtemps j’ai été douloureusement stupéfié de sa mort si brusque.

Pauvre Cros ! Je le revois encore le jour où je le rencontrai la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76… J’avais lu dans « Le Rappel » une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.

Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois qu’on le voulait. L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale. Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

Charles Cros m’apparut tout de suite tel que je le connus toujours, un être miraculeusement doué à tous points de vue, poète étrangement personnel et charmeur, savant vrai, fantaisiste déconcertant, de plus ami sûr et bon. Que lui manqua-t-il pour devenir un homme arrivé, salué, décoré ? Presque rien, un peu de bourgeoisisme servile et lâche auquel sa nature d’artiste noble se refusa toujours. Il écrivit des vers superbes qui ne lui rapportèrent rien, composa en se jouant ces monologues qui firent Coquelin Cadet, eut des idées scientifiques géniales, inventa le phonographe, la photographie des couleurs, le photophone.”

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Auteur : Les cinéphiles de demain

Un site spécialement dédié à l'éducation à l'image Cinéma sur le département de l'Aude

Une réflexion sur « Charles Cros »

  1. Alphonse Allais résume bien le talent remarquable de Charles Cros et la criante injustice que constitue son absence de succès. Injustice qui n’est pas toujours réparée puisque la plupart des gens ignorent qu’il a inventé le phonographe et (pire encore) que sa poésie reste très peu connue en France et a fortiori à l’étranger. Son oeuvre poétique me semble pourtant bien supérieure à celle de Verlaine, Mallarmé, Whitman et nombre d’auteurs passés à la postérité. Les grands surréalistes (Eluard, Aragon, Breton) ont d’ailleurs reconnu en Charles Cros l’un des précurseurs de la modernité poétique. A titre d’exemple les merveilleux « Les Quatre Saisons », « L’Heure Verte », « Profanation » et surtout le bouleversant joyau symboliste qu’est « Hiéroglyphe » :
    « J’ai trois fenêtres à ma chambre :
    L’amour, la mer, la mort,
    Sang vif, vert calme, violet.

    Ô femme, doux et lourd trésor !
    Froids vitraux, cloches, odeurs d’ambre,
    La mer, la mort, l’amour,
    Ne sentir que ce qui me plaît

    Femme, plus claire que le jour !

    Par ce soir doré de septembre
    La mort, l’amour, la mer,
    Me noyer dans l’oubli complet

    Femme ! femme ! cercueil de chair. »

    Sylvain Foulquier

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