Même pas peur

Pré-projections
le 19 Janvier 2021 à 17h30
en distanciel
PROJECTIONS
du 17 mars au 6 avril 2021

Programme de 5 films conçu en partenariat avec L’Agence du court métrage

Allez hop !

Une jeune femme avance sur le plongeoir d’une piscine. Soudain, elle est assaillie de pensées qui l’empêchent de plonger. Après un long moment et de nombreuses hésitations, elle finit par se lancer. Une fois dans l’eau, elle semble soulagée d’un poids et effectue quelques gracieux mouvements de natation. Elle sort du bain, surprise que ce mauvais moment soit passé aussi vite. Elle finit par remonter sur le plongeoir, tentant de se convaincre qu’il sera dorénavant plus facile de plonger puisqu’elle l’a déjà fait. Et pourtant, les mêmes doutes réapparaissent.

Film d’animation de Juliette Baily, France, 2013.
Durée : 6 minutes 50.
Scénario et Réalisation : Juliette Baily

Le pain et la rue

Dans la rue, un enfant rentre chez lui avec du pain sous le bras. Il est arrêté par les aboiements d’un chien. Paralysé par la peur, il hésite durant de longues minutes à reprendre sa route. Rassuré par la présence d’un vieux monsieur, il le suit, mais celui-ci bifurque et il se retrouve de nouveau seul face au chien qui le guette. L’enfant prend son courage à deux mains et décide de passer. Mais l’animal grogne et l’enfant lui jette un bout de pain. Cela suffit à calmer le chien, qui finit par tranquillement suivre le garçon. Une sorte de relation de confiance semble s’établir entre les deux, jusqu’à ce que l’enfant arrive chez lui et ferme la porte au nez de l’animal. Le chien s’allonge au sol. Au bout de quelques secondes, un autre enfant apparaît au bout de la rue. Concentré sur ce qu’il transporte, l’enfant n’a pas vu le chien et sursaute lorsqu’à son approche l’animal se met à grogner. 

Film en noir et blanc d’Abbas Kiarostami, Iran, 1970.
Durée : 10 minutes.
Titre original : Nân va Koutcheh
Scénario et Réalisation : Abbas Kiarostami

La Saint-Festin

Un ogre poursuit une enfant dans la rue. Il trébuche sur le trottoir et se casse les dents. C’est terrible, il ne va pas pouvoir participer à la Saint-Festin, la fête où les ogres cuisinent et dévorent les enfants !

Il se rend chez le dentiste, mais ce dernier est inflexible : pour avoir de nouvelles dents, il va falloir payer. Désemparé, l’ogre doit se limiter à un régime à base de soupe. En rentrant du supermarché, il fait la rencontre de sa voisine et de ses deux enfants. L’ogre tombe sous le charme de la jeune femme.

Après réflexion, l’ogre a une idée lumineuse : faire appel à la petite souris pour échanger ses dents contre de l’argent. Après les avoir cachées sous son oreiller, l’ogre s’apprête à s’endormir. Mais il est gêné par de mystérieux bruits de pas : ce sont ceux de sa voisine qui prépare un spectacle de flamenco. Toujours sous le charme de la jeune femme, il ravale sa colère.

Le lendemain matin, l’ogre récupère ses pièces sous l’oreiller et se rend chez le dentiste se faire poser des dents toutes neuves. Alors qu’il se prépare à partir à la chasse aux enfants, sa voisine débarque sur son palier : sa sœur est malade et ne peut garder ses enfants pendant son spectacle de flamenco. L’ogre accepte de s’en occuper. Pendant que le spectacle de flamenco se déroule, l’ogre fait la cuisine, et tout laisse penser qu’il est en train de préparer un gâteau en se servant des enfants comme ingrédients. Lorsque la voisine arrive chez lui, tout est plongé dans le noir. Atmosphère inquiétante. Mais non, l’ogre et les enfants lui ont préparé une surprise : un gâteau « végétarien ». L’ogre, la voisine et les deux enfants célèbrent alors une Saint-Festin pas comme les autres.

Film d’animation de Léo Marchand et Anne-Laure Daffis, France, 2007.
Durée : 15 minutes.
Scénario et Réalisation : Léo Marchand et Anne-Laure Daffis

Shopping

Au supermarché, un jeune garçon fait des courses. Il compte sa monnaie, son budget a l’air restreint. Il doit acheter de la teinture pour sa mère, mais celle-ci est trop chère. Au téléphone, sa mère insiste pour qu’il la prenne tout de même. L’enfant cache la teinture dans son short et passe à la caisse, pressé par le gérant du magasin qui lui indique que le supermarché ferme. Au moment de sortir du supermarché, la teinture tombe de son short sous les yeux du gérant et du vigile qui le rattrape alors qu’il tente de s’enfuir. Le responsable demande au vigile de surveiller l’enfant et de prendre les coordonnées de ses parents. Le garçon reçoit un appel de sa mère et coupe son téléphone. Le vigile semble comprendre qu’il a dû tenter ce vol pour faire plaisir à sa mère. Pris d’empathie, il le laisse partir.

Film de Vladilen Vierny, France, 2013.
Durée : 8 minutes 30.
Réalisation : Vladilen Vierny / Scénario : François Peyroux

La grosse bête

Dans un royaume inconnu circule une histoire sur une grosse bête qui viendrait vous manger au moment où l’on ne s’y attend pas. Il suffit donc d’y penser tout le temps et elle ne viendra pas vous croquer ! Les habitants de la ville décident de mettre au point différents stratagèmes pour y arriver : panneaux d’avertissement, crieurs, personnes déguisées en grosses bêtes… Mais rien n’y fait, les gens s’habituent et ne peuvent s’empêcher de ne plus penser à la bête de temps à autre. Lorsqu’un des habitants suggère que les fausses bêtes devraient parfois croquer un passant distrait pour l’exemple, tout le monde y voit une bonne idée. Depuis, les habitants du royaume vivent transis de peur et plus personne n’ose cesser de penser à la bête.

Film d’animation en noir et blanc de Pierre-Luc Granjon, France, 2013.
Durée : 6 minutes 20.
Scénario et Réalisation : Pierre-Luc Granjon

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Le Mécano de la General

Pré-projections
Mardi 12 Janvier 2021 à 17h30
en distanciel
PROJECTIONS
du 1er au 16 mars 2021​

1926, États-Unis,
75 minutes, noir et blanc, muet.

Titre original : The General.
Réalisation : Buster Keaton et Clyde Bruckman. Scénario : Al Boasberg, Charles Smith. D’après un sujet de : Buster Keaton et Clyde Bruckman ; Librement adapté du récit de : William Pittenger, The Great Locomotive Chase (1863).

Poussé par un double amour fou envers sa martiale locomotive à vapeur (la « General ») et sa fiancée inaccessible comme une héroïne sudiste de poème romantique (Annabelle Lee), le pacifique et falot Johnnie Gray (« Jean Gris ») dont le métier est de relier par chemin de fer le Sud au Nord et inversement, se trouve sommé par le destin de s’engager dans la guerre de Sécession. Lorsqu’il veut s’enrôler avec les Sudistes pour plaire à sa belle, on le refuse à cause de son métier trop utile : elle le croit lâche et ne l’aimera, déclare-t-elle, qu’« en uniforme ».

Un an plus tard (nous sommes en 1862), des espions nordistes s’emparent de son train en même temps que d’Annabelle qui se trouvait là, dans le but de remonter vers le front et vers leur camp, au Nord, en sabotant la voie derrière eux. À leur poursuite dans une autre locomotive, Johnnie se retrouve en territoire ennemi, espionne l’état-major, délivre Annabelle, s’habille en Nordiste et refait avec elle le chemin vers le Sud à bord de la « General », poursuivi cette fois-ci par deux trains ennemis. Après avoir enfin endossé un uniforme du Sud, il prévient les siens, contribue à la déroute de l’Union lors de la bataille de Rock River Bridge, capture un général nordiste et triomphe au finale sur le plan militaire autant qu’amoureux.

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Petites z’escapades

Pré-projections
le Mardi 7 janvier 17h30
en distanciel
PROJECTIONS
du 03 au 23 mars 2021

Jean de la lune

Un âne, sac de randonneur au dos, découvre un être minuscule. Celui-ci est si petit, que l’âne, même à l’aide de jumelles, le perd de vue.
Comme le petit être vaque à ses occupations – brossage des dents, salut aux champignons, jeu avec des escargots et rencontre d’oiseaux – l’âne vaque aux siennes et additionne les bêtises. Il mange un morceau de champignon vénéneux dont l’effet est immédiat. Puis, alors qu’il essaie une flûte taillée dans une branche, il écrase, par inadvertance, le petit être. Il se dépêche de placer la dépouille dans un potiron. Un arbre en germe et croit aussitôt.

Un épisode de la série Mon âne, Pascal Le Nôtre, animation en plastiline, décors en cartons et papiers, couleurs aux pastels secs, France, 1994, 2’ 34’’


Meunier, tu dors

Un âne tente en vain de réveiller le meunier endormi tout en confectionnant une pâte à crêpe. Alors qu’il fait sauter une crêpe dans la poêle, le vent, qui s’est levé, emporte crêpe et meunier, toujours endormi.

Un épisode de la série Mon âne, Pascal Le Nôtre, couleurs, animation en plastiline, décors en cartons et papiers, couleurs à la gouache et collages de gommettes, France, 1994, 2’ 31’’.


L’Éléphant et la Baleine

Sur la place d’une église, un homme monnaye l’exhibition d’une baleine, bloquée dans une roulotte métallique, sans eau. L’homme fait recette. Le public, nombreux, est féroce. On se moque de la baleine, on la blesse.

Une nuit, comme la baleine pleure, l’éléphant d’un cirque entend sa plainte. Accompagné de deux enfants, et avec la complicité d’un clown, il pousse la roulotte jusqu’à la mer, où plonge la baleine enfin libre. L’éléphant verse une larme. Le clown donne un concert en compagnie de deux acolytes. La nuit est tombée. Une ovation monte de la mer.

De Jacques-Rémy Girerd, couleurs, animation et décors en pâte à modeler, France, 1985, 7’ 34’’.


Petite Escapade

Dans la clairière d’une sombre forêt se trouve une maisonnette. Un enfant, sac au dos, en sort. Il s’enfonce dans la forêt d’un pas tranquille puis sort du sentier tracé. Il franchit avec agilité un tronc d’arbre couché sur le sol. Il poursuit son chemin jusqu’au tronc énorme d’un autre arbre qui se trouve au pied d’un mur. Il l’escalade. Arrivé à la hauteur du mur, il s’installe sur une branche qui passe par-dessus puis regarde en bas, de l’autre côté du mur, vers le trottoir et la rue.

Une vieille femme, fichu sur la tête et fourche à la main, passe lentement. Suit, pressé, un petit facteur barbu. Du temps passe. Comme l’enfant mange un morceau de pain, trois chiens arrivent et réclament leur part. L’un d’entre eux reste bredouille. Il s’assoit au pied du mur et attend, les yeux rivés sur l’enfant. Soudain, un pas le fait gémir. Il part en courant. Un homme s’avance, fusil en bandoulière. Il lève la tête vers l’enfant qui s’enfonce aussitôt dans le creux de sa branche. L’homme passe son chemin.

La nuit est tombée, la lune luit. L’enfant écrit dans un cahier avant de prendre le chemin du retour dans la forêt, l’air souriant, aussi tranquille qu’au matin. Sur le chemin, il se raconte, d’une manière très personnelle, ses observations de la journée.

De Pierre-Luc Granjon, noir et blanc, marionnettes en papier mâché et tissus, armatures de grillages, dessins sur celluloïd, France, 2001, 5’ 30’’.

Le Trop Petit Prince

Le jour se lève sur une toute petite planète. Un petit homme ouvre les volets d’une maisonnette, arrose une rose, fait un ménage minutieux et complet. Comme il passe un chiffon sur les volets, son œil est attiré vers le ciel : le soleil est taché.

Commence alors une véritable poursuite. Alors que le soleil accomplit sa course infinie autour de la petite planète et monte de plus en plus haut dans le ciel, le petit homme cherche à l’atteindre pour nettoyer les fameuses taches. Seau d’eau, vaporisateur, table et tabouret superposés ; balai, échelle et petit hélicoptère : en vain. Le soleil se couche finalement, devenant ainsi accessible. Le petit homme l’astique, victorieux, puis rentre chez lui.

Il ferme les volets. Un bruit de chasse d’eau. De l’autre côté de la planète se trouve une canalisation. Comme le soleil passe au-dessous, une curieuse masse marron en sort… et vient s’écraser sur l’astre.

De Zoïa Trofimova, dessins sur celluloïd, couleurs à la gouache, France, 2001, 6’ 41’’.


Au bout du monde

Au sommet d’une montagne, une maison, en équilibre. Un réveil sonne, le jour se lève. Tour à tour, les habitants de cette maison, un homme, une femme, un chien, une vache et un chat, vont sortir par l’une ou l’autre des deux portes latérales, déséquilibrant ainsi régulièrement la maison en vaquant chacun à leurs activités quotidiennes.

De Konstantin Bronzit, couleurs, dessins sur celluloïd et collages, France, 1998, 7’ 45’’.

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Les contes de la mère Poule

Pré-projections
le 5 janvier 2021 à 17h30
en distanciel
PROJECTIONS
du 13 janvier au 02 février 2021

Shangoul et Mangoul

Un matin, maman-chèvre et ses chevreaux partent en promenade mais le plus petit s’éloigne et tombe dans un fossé. Le loup s’apprête à le dévorer mais la chèvre sauve son enfant avec un lasso. Le lendemain, le loup tente de pénétrer dans la maison des chevreaux, restés seuls, en se faisant passer pour leur mère. Il fait d’abord tinter une feuille clochette devant la porte. En vain. Puis, il trempe sa patte dans un bain de couleur verte et montre cette patte verte (comme celle des chèvres qui marchent dans l’herbe) aux chevreaux qui, cette fois, lui ouvrent grand leur porte…

Lorsque maman-chèvre, enfin délivrée du piège dans lequel elle s’était fait prendre, arrive à la maison, il est trop tard : le loup a mangé les chevreaux. Seul le plus petit a réussi à se cacher. La chèvre traque la méchante bête jusque dans sa tanière, l’affronte puis l’éventre : ses enfants sortent vivants du loup vaincu….

de Farkhondeh Torabi et Morteza Ahadi Sarkani
Iran – 2000 – 17 mn – couleurs – éléments textiles découpés et brodés.

Le poisson Arc-en-ciel

Au fond de la mer, des enfants poissons s’amusent avec leur amie l’étoile filante. Le beau poisson Arc-en-ciel, aux écailles faites de pastilles brillantes et multicolores, est trop fier pour jouer avec eux et préfère se tenir à l’écart. Un des poissons se retrouve pris au piège dans le repaire d’un méchant prédateur ; tous s’unissent pour l’aider à se tirer des dents du méchant. Seul Arc-en-ciel reste lâchement caché. Les autres décident alors d’ignorer ce poisson vraiment trop égoïste.

Mais peu après, Arc-en-ciel se fait lui aussi attaquer… Sans rancune, le groupe de poissons vient alors à la rescousse du poisson solitaire. Pour remercier ses sauveurs, Arc-en ciel leur offre ses pastilles brillantes puis se joint à ses nouveaux amis.

de Farkhondeh Torabi
Iran – 1998 – 13 mn – couleurs – éléments textiles découpés.

Lili Hosak

Le coq et la poule sont ravis : leur poussin vient de naître. Mais le voici qui s’approche trop près de l’étang et tombe à l’eau ! Le coq, qui ne sait pas nager, demande l’aide des autres animaux. Hélas, ceux-ci ne répondent pas à son appel désespéré. Seule une chèvre entend et comprend les mots du coq. Elle prévient tous les animaux qui accourent au bord de l’étang et qui, tous ensemble, sauvent le poussin de la noyade.

de Vajiollah Fard-e-Moghadam
Iran – 1992 – 16 mn – couleurs – papier découpé inspiré par des motifs de tapis persans. 

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Une vie meilleure

Un film, un réalisateur…

Mardi 25 Août 2020 20h30 Cinéma VEO Castelnaudary

« Une Vie Meilleure » de Grégory Lassalle en sa présence

« Toute sa vie, José Luis a migré au rythme des booms économiques. Aujourd’hui, le Nord de la Patagonie et ses gisements de gaz de schiste représentent le nouvel eldorado. José Luis est prêt à tout pour y décrocher un emploi et gagner le salaire confortable promis par l’industrie. Dans le petit village d’Añelo, il se confronte aux relations de pouvoir et à la réalité du monde pétrolier, tandis que les habitant.e.s de la région voient leur vie bouleversée par l’invasion massive des entreprises. Pampa hésite à louer ses terres aux compagnies pétrolières. Relmu, une Indienne Mapuche, a pris le parti de résister à l’avancée des puits, mais s’expose à de lourdes poursuites judiciaires. Le vieux fruiticulteur Alfredo voit le projet de toute une vie réduit à néant. En acceptant un arrangement financier, il pourrait éviter de tout perdre, mais au fond, est-ce vraiment ce qui lui importe ? Contraints de prendre des décisions déterminantes pour leur avenir, chacun.e est amené.e à s’adapter et à repenser sa vie et ses aspirations. »

Le mot du réalisateur :


« Comme dans mes films précédents, je souhaite raconter des personnes prises dans la marche de la « grande » Histoire. Ici, le décor naturel est celui des steppes et des plateaux de la province de Neuquén, au centre ouest de l’Argentine, au pied de la Cordillère des Andes. Depuis 2013, le gouvernement national et les compagnies pétrolières exploitent massivement cette zone semi-désertique et peu peuplée. Dans l’imaginaire collectif, l’appropriation de ce désert rappelle la conquête du far west, avec ses décors de western, son esprit pionnier et ses promesses d’abondance. Lieu de propagande et d’enrichissement, la steppe patagonne est devenue aussi un lieu de pouvoir et de rapport de force. Entre les populations et les entreprises d’abord, ainsi qu’à l’intérieur même du monde du pétrole.

Le pouvoir est un facteur déterminant dans les décisions que prennent les individus. J’ai pu l’observer dans sa capacité à proposer des options à ceux qui veulent bien s’adapter, notamment en attisant la convoitise et en incitant à la compromission. Aujourd’hui, en Patagonie, l’activité pétrolière fait consensus. Le changement semble acté. On appelle ça le « progrès ». L’enjeu est maintenant de savoir ce que vont devenir les populations. »

Grégory Lassalle

Né en 1979, Grégory Lassalle vient du monde de la solidarité internationale. Il fait ses débuts de réalisateur au Guatemala où il vit entre 2002 et 2010. Ses premiers documentaires sont des films militants qui traitent de luttes sociales. Collaborateur ponctuel pour le Monde Diplomatique, il est l’auteur de deux livres : L’Aventure. Les migrants sur la route de l’Europe (2014. Éd. Non-Lieu) et La passion du schiste. Capitalisme, démocratie, environnement en Argentine (Ouvrage collectif, 2016. Éd. Cetim). Aujourd’hui, il se dédie au cinéma documentaire. Après « Une vie meilleure », son prochain film est en cours de développement, intitulé « En dehors », il suit la trajectoire d’un ex-détenu longue peine.

Alan Parker

Alan Parker nous a quitté… si nombre se souviennent à raisonde « Midnight express » (1978), de Pink Floyd, The Wall » (1982) ou encore de « Birdy » (1984), peu malheureusement ont eu le plaisir ou tout simplement la curiosité de voir son tout premier film réalisé en 1976 « Bugsy Malone » dont je tairais ici le titre français, en parti responsable à mon sens du peu d’intérêt que nombre de cinéphiles ont porté à cette œuvre.

A mon sens, « Bugsy Malone » est sans aucun doute un grand film de gangsters mais aussi, surtout une parodie qui en reprend tous les codes… à quelques détails près ! Et les détails c’est toujours ce qui fait la perfection : ici, un détail non négligeable, les gangsters et tous les protagonistes n’ont pas plus de treize ou quatorze ans. Qui au final nous livrent une histoire mêlant moult références à la grande tradition américaine des films sur la pègre.

Petit résumé histoire de se mettre dans l’ambiance : New York, la nuit. Des silhouettes noires inquiétantes se coursent à travers les rues pavées sombres et humides… un meurtre. On s’engouffre ensuite dans un speakeasy: nous sommes en pleine prohibition, et ces établissements clandestins (où l’on doit parler doucement pour ne pas de faire repérer) font florès. Claquettes, piano bastringue, chanteuses langoureuses en robes pailletées, vapeurs d’alcool et de fumées… Puis, une irruption, des cris, des coups de feu qui fusent. La guerre des gangs opposant Fat Sam et Dan le Dandy fait rage, et Bugsy Malone, petite frappe maligne et chéri de ces dames, est appelé à la rescousse par Fat Sam.

Vous l’aurez compris, je le répète, pas de doute, nous sommes dans un vrai film de gangsters, dans la plus pure tradition américaine. Américain vous avez dit ? Et non pourtant, nous sommes dans un film anglais. Devant la caméra, chefs de gangs, danseuses lascives et filles romantiques… mais ce sont des enfants de 8 à 14 ans qui jouent cette histoire devant nos yeux ! Ils sont fous ces anglais ! et c’est bien ça tout le génie de « Bugsy Malone », une petite folie so english : le concept aurait pu devenir une vulgaire et ridicule parodie, mais non ! Il se transforme en audacieux trompe l’œil, en un exercice de style réussi truffé de réjouissants clins d’œil cinéphiliques, où les jeunes acteurs jouent le jeu avec une élégance, un naturel et une présence de vrais professionnels. Ce film d’ailleurs révéla notamment une actrice prodige : Jodie Foster, épatante de maturité dans le rôle de Tallulah  qui cette même année, sous l’œil de Martin Scorsese, elle campera l’inoubliable Iris de Taxi Driver.

J’ai lu que cette idée de génie du réalisateur découle directement d’un désir d’enfant : celui de son jeune fils qui lui demandait, lors des longs trajets en voiture pour rejoindre la maison de campagne familiale, de lui inventer des histoires de gangsters où les protagonistes seraient uniquement des enfants. Que l’on ferait bien d’écouter plus souvent les enfants ! Le résultat est d’une fraîcheur et d’une drôlerie réjouissantes. Une parodie-hommage plus vraie que nature, où l’âge des acteurs ne se lit que sur leurs visages juvéniles. Car, vraiment, de dos ou de loin, mais aussi dans la façon de s’approprier la gestuelle maniérée des gangsters, la lascivité exagérée des femmes fatales, les jeunes comédiens sont justes parfaits et n’ont absolument rien à envier à leurs modèles. Rythme effréné, codes du genre repris et (soyons fous jusqu’au bout) adaptés aux enfants : les fusils ne tirent pas des balles mais…. De crème chantilly, les voitures sont à pédales mais avec bruit de moteur réel (on n’est pas à un détail près), les whiskys sont des sirops colorés… Rien n’a été négligé : décors et costumes typiquement années vingt, reconstitué minutieusement, dans les studios Pinewood dans le comté du Buckinghamshire près de Londres, jusqu’à l’accent italo-américain (improbable) du chef de gang et les réparties, bien senties, des filles qui ne s’en laissent pas conter.

Les références vont du « Parrain » en passant par certains films de Fred Astaire. Mais on peut aussi penser aussi à « Certains l’aiment chaud » car « Bugsy Malone » est aussi une pétillante comédie musicale orchestrée par Paul Williams (nommée à l’occasion à l’Oscar de la Meilleure Musique).

Finalement, en se jouant de la violence des adultes en la mettant en scène avec des enfants, Bugsy Malone reste dans la cour des grands et souligne le caractère puéril des codes et rivalités qui marquent le milieu de la pègre. Bravo ! Il fut sélectionné en compétition officielle au Festival de Cannes 1976.

Une curiosité, à voir… et revoir ! Merci Monsieur Alan Parker

Charles Cros

Charles Cros (1842-1888)

« J’ai pénétré bien des mystères / Dont les humains sont ébahis : / Grimoires de tous les pays, / Êtres et lois élémentaires. » Charles Cros

Charles Cros est un personnage hors du commun. Peu d’individus peuvent comme lui s’enorgueillir de pouvoir porter les deux titres d’inventeur et poète… art et science, mariage possible !

Descendant d’une lignée de professeurs, natif de notre département (Fabrezan non loin de Lézignan-Corbières), Charles Cros fait ses études sous la direction de son père. En 1860, il entre comme surveillant à l’Institution des sourds-muets et commence des études de médecine qu’il ne tarde pas à abandonner. À partir de ce moment-là, vie mondaine et privée et carrière de chercheur vont être intimement mêlées. Il travaille à la conception d’un télégraphe automatique, qu’il présente à l’Exposition universelle de 1867, et envoie une note à l’Académie des sciences sur un projet de système de « reproduction des couleurs, des formes et des mouvements ».  Et ce qui nous intéresse, c’est que cette invention a un lien direct avec l’histoire du cinéma… Parallèlement, en 1869, il fait ses débuts poétiques dans « L’Artiste » ; il publie « Moyens de communication avec les planètes », collabore à « La Parodie » et au « Second Parnasse contemporain ». Alors qu’il séjourne à Sablé au début de 1877, Charles Cros qui sait combien enregistrer les sons puis les reproduire au moyen d’un appareil est une quête fort ancienne, rédige une courte note, « Procédé d’enregistrement et de reproduction des phénomènes perçus par l’ouïe », dans laquelle il expose le principe de ce qu’il nomme « Paléophone » (« voix du passé »). Ecrire des mots, écrire des images, écrire des sons… tout est chez lui lié !

Ses amis s’appellaient Verlaine, Coppée, Villiers de L’Isle-Adam, Richepin, Germain Nouveau et Rimbaud mais, c’est Alphonse Allais qui restera le plus fidèle défenseur de la mémoire de son ami.

Lors d’un éloge funèbre qu’il lui consacre dans Le Chat noir le 18 août 1888

“Notre pauvre ami Charles Cros est mort. Le connaissant bien, je l’aimais beaucoup, et, quoique le sachant malade et affaibli depuis longtemps j’ai été douloureusement stupéfié de sa mort si brusque.

Pauvre Cros ! Je le revois encore le jour où je le rencontrai la première fois. C’était, si je ne me trompe, en 76… J’avais lu dans « Le Rappel » une chronique scientifique de Victor Meunier, qui semblait un conte de fées.

Un jeune homme venait d’inventer un instrument bizarre qui enregistrait la voix humaine et même tous les autres sons, et qui non seulement en marquait les vibrations, mais reproduisait ces bruits autant de fois qu’on le voulait. L’instrument s’appelait le paléographe. La théorie en était d’une simplicité patriarcale. Le lendemain, grâce à mon ami Lorin, je connaissais Charles Cros, l’inventeur du merveilleux appareil dont M. Edison devait prendre le brevet, l’année suivante.

Charles Cros m’apparut tout de suite tel que je le connus toujours, un être miraculeusement doué à tous points de vue, poète étrangement personnel et charmeur, savant vrai, fantaisiste déconcertant, de plus ami sûr et bon. Que lui manqua-t-il pour devenir un homme arrivé, salué, décoré ? Presque rien, un peu de bourgeoisisme servile et lâche auquel sa nature d’artiste noble se refusa toujours. Il écrivit des vers superbes qui ne lui rapportèrent rien, composa en se jouant ces monologues qui firent Coquelin Cadet, eut des idées scientifiques géniales, inventa le phonographe, la photographie des couleurs, le photophone.”

Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus sur Charles Cros et l’origine du cinéma CLIQUEZ ICI!

La forêt de mon père

Gina, 15 ans, vit avec des parents aimants, ainsi que son frère et sa sœur plus jeunes, dans un HLM tout près d’une forêt. Carole, sa mère, travaille comme domestique auprès d’une famille bourgeoise. Jimmy, son père, grand connaisseur de la nature, s’attache à transmettre son savoir et ses émerveillements à ses enfants ravis, Gina en tête, qui, en tant qu’aînée, apprend la première à monter au faîte des arbres. Jimmy vient de perdre son emploi de bûcheron pour, dit-il, avoir « sauvé un chat » qui lui a délivré un message : « Couper une branche, c’est torturer un arbre ». Malgré quelques haussements de sourcils, toute la famille s’amuse de ces explications. Mais ce père hors norme multiplie les comportements étranges, voire inquiétants.

Grandir avec un proche dysfonctionnant donne souvent aux enfants devenus adultes l’envie de raconter ce temps d’enfance à la frontière de la folie. Vero Cratzborn, ancienne assistante de Leos Carax, auteure de cinq courts et de plusieurs documentaires, raconte avec « La forêt de mon père », l’affection admirative pour un père loufoque et fantasque mais aussi la prise de conscience progressive par sa fille, placée au centre du récit, de l’anormalité des situations vécues. La réalisatrice s’inspire de son père atteint d’un handicap psychique. Ici, pourtant, on se garde bien de nommer la pathologie de Jimmy (c’est l’avantage de la fiction par rapport au documentaire), histoire de ne pas nous enfermer ni enfermer le père dans le carcan d’une référence médicale, et ainsi lui permettre d’être un personnage imprévisible, qui, à l’écran, constamment nous interroge autant qu’il semble interroger son entourage. Peut-être pourra t’on reprocher la valeur à -peu-préiste et juste illustrative de l’établissement psychiatrique ou Jimmy est contraint de se rendre… Mais ce serait oublier que l’essentiel n’est pas là dans cette histoire… « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »  L’essentiel était ailleurs, dans la façon dont cette tribu gère la maladie d’un des leurs : Carole assume, aimante et amoureuse, les conséquences psychologiques et financières de cette vie à la fois belle et troublée. Mais surtout sa fille ainée, Gina semble, dans l’ombre, constamment, prendre la mesure des événements, et détenir la clef du fonctionnement hors normes atypique du père de famille, dont les effets entament la stabilité de la structure familiale, sans pourtant détruire les liens qui unissent tous ses membres. Elle est résolument du côté de la vie ; elle n’oublie pas qu’initiation à la vie transite symboliquement par la forêt de son père, lieu d’une inquiétude forcément nocturne, mais, illuminé (à la toute fin, mais non je ne divulgâche pas…) par la perspective d’une première histoire d’amoureuse, désir d’une émancipation. Et là, pas besoin de forcer le trait, en surlignant les gestes de Gina du verbiage que l’on colle trop souvent à l’adolescence ces derniers dans le cinéma français, l’essentiel aussi ne s’entend qu’avec le cœur.

La forêt de mon père est un a coup sur film d’amour, un film d’aventures, un film initiatique. Une proposition qui vient du cœur donc, à voir et entendre avec le cœur,

La naissance du Cinéma

Carnet Rose : Le Thaumatrope, le Phénakistiscope, Le Zootrope, le Praxinoscope, le Sténopé, la Chronophotographie et leurs concepteurs sont heureux de vous annoncer la naissance de leur enfant commun le Cinéma ! Officiellement ! Et en 1895 pour être plus précis. Petit résumé de nos articles précédents : de nombreux chercheurs tentaient depuis longtemps de mettre les images en mouvement pour recréer la vie en s´appuyant sur les progrès en photographie (apparue dans les années 1820) et les découvertes scientifiques en biologie humain comme Joseph Plateau qui avait en effet découvert en 1829 que la rétine mémorise une image plus longtemps que ce qu’elle ne la voit. C’était désormais un fait établi : le principe de la « persistance rétinienne » permet de donner l´illusion du mouvement lorsque l´œil est soumis à 12 images par seconde.

Et cocorico, ce sont deux Français, deux frères, Auguste et Louis Lumière qui furent les premiers à inventer un appareil permettant à la fois de capturer les images et de les projeter à un public … En mars 1895. Ils déposent le brevet de leur invention à laquelle ils donnent l’étrange nom de de Cinématographe (du grec Kinéma : mouvement et Graphein : écrire). On n’est pas à un mot barbare près…

La première projection publique et payante du cinématographe eut lieu le 28 décembre 1895 à Paris et elle marque la naissance officielle du cinéma. Capturer des images en mouvement, les diffuser en public moyennant rétribution, c’est ça tout à la fois le cinéma…  Ce soir du 28 décembre 1895, dans le sous-sol du Grand café, une trentaine de spectateurs payèrent un franc (l’équivalent d’environ 3,50 euros de nos jours) pour regarder dix films films d’environ une minute chacun, dont les désormais célèbres « Sortie des usines » et « L’arrivée du train en gares de la Ciotat ».

Des quelques spectateurs venus assister à la projection le premier jour, on passa à des centaines les jours suivants. Il y avait plus de 18 séances par jour. Les projections commençaient à 10 heures du matin et le tout Paris se pressait pour voir le cinéma …

Subjugué par cette découverte et anticipant les possibilités d´utilisation de cet appareil, un certain Georges Méliès, dont on rappelle ici au passage les origines chalabroises, fut l´un des 33 premiers spectateurs. Quasi immédiatement il se mit en tête d’acheter un exemplaire du Cinématographe, mais les frères refusèrent de révéler le secret de leur découverte. Ils voulaient garder l´exclusivité d´exploitation de leur invention. C´est alors que démarra la course aux contrefaçons mais aussi la merveilleuse aventure du cinéma …