1er pas de parodie au cinéma

1916…  Charles Chaplin tourne Carmen… Incroyable ! C’est en effet l’une des premières parodies au cinéma. Charlie Chaplin se moque joyeusement du célèbre opéra de Georges Bizet. Il y joue un Don José de pacotille, au côté D’Edna Purviance dans le rôle de Carmen.

Référence est faite dans ce film a deux autres « Carmen » déjà adapté pour le grand écran à cette époque : ceux de Walsh et Cecil B. DeMille. Mais par-delà le tempo divertissant du film, on notera que contrairement au titre du film original « Charlot joue Carmen », ce n’est pas le personnage incarné Charlie Chaplin que l’on voit à l’écran… Mais un personnage bel et bien joué par le célèbre acteur rebaptisé Darn Hosiery, accoutré tel un cadet de Saint-Cyr. D’où la déception d’un public largement séduit depuis quelques temps au Charlot qui la même année sera à l’affiche de « Charlot pompier » et de « Charlot musicien ». Pourrait-il être aussi drôle que dans son costume de Clochard ? La réponse est oui, incontestablement. Faire d’un opéra un film… muet ! Quelle drôle d’idée !

Mais ce pastiche inattendu du célèbre opéra ouvrira la porte à de nombreux délires parodiques de cinéma : peu de temps après, Max Linder, réalisera « L’étroit mousquetaire » librement adapté de l’œuvre d’Alexandre Dumas.

Depuis bien d’autres ont dignement pris le relai, devenant des « Emprunteurs » de génie, tels Monicelli, les Marx Brothers, De Palma, Giiliam, Hazanvivicius…

Retour sur les Césars

La 46e cérémonie des Césars s’est déroulée ce vendredi 12 mars dans une ambiance particulière. Beaucoup d’encre a coulé depuis, décriée, bousculée, encensée cette cérémonie n’a dit -on pas rendue l’hommage qu’elle aurait dû au cinéma. 

Ça c’était pour le 12 mars dernier et c’était à Paris.

Mais vous souvenez vous de ce qui s’est passé le 25 février 2020 à Castelnaudary ? C’est loin certes, mais ce jour-là le Cinéma de Castelnaudary était honoré de la présence en ses murs de Filippo Menghetti venu présenter son premier long métrage « Deux »…  et ce dernier a reçu le César du premier film… Lors de sa prise de parole, il avait déjà déclaré au public chaurien, comme lors de la remise de sa statuette : « si on m’avait dit il y a dix ans quand j’arrivais en France, que j’allais pouvoir faire ce film, j’aurais rigolé ! » et d’ajouter devant l’accueil du public : « c’est magnifique !»

Vous souvenez-vous de ce qui se passait aussi le 23 septembre 2020 ? Lors de la soirée de présentation du festival « Cinéma d’automne, nous n’étions pas peu fiers d’offrir au public une belle composition de « notes » cinématographiques, « espiègles » et bourrées de « pathétique drôle », chère à Laure Calamy, récompensée du césar de la meilleure actrice, avec la projection « Antoinette dans les Cévennes ». Un succès public qui, dans les semaines qui ont suivi, a prouvé la force de ce film. L’hommage de Laure Calamy lors de la remise des césars au cultissime film « La vie est belle » de Franck Capra (pas celui de Roberto Benigni) n’a pas manqué de toucher nombre d’entre nous qui souscrivons totalement à sa présentation des « James Steward » de nos campagnes qui nous permettent par leurs actions culturelles d’assouvir nos « soifs de sens et de non sens, de nous exiler dans nos imaginaires »… Que seraient nos vies sans eux en effet !

Enfin nous nous souvenons certainement du mercredi 7 octobre dernier, jour ou Aurel, dessinateur de presse, et ami très cher des Croquignous, est venu présenter son film Josep, César du meilleur film d’animation…

Le producteur du film présent à cette occasion à ses côtés pour la remise des Césars déclara :

« J’aimerais que ce prix soit un encouragement pour toutes celles et ceux (…) qui en région, travaillent pour une décentralisation des imaginaires et des moyens techniques. Nous, en région Occitanie, on a été soutenu par la Région très fortement dès le début, tout le long, jusqu’à aujourd’hui. »

Car oui, en effet, le lien entre ces trois films n’est pas seulement que l’équipe du cinéma, le Festival « Cinéma d’automne » aient eu le nez creux, et les aient mis à l’honneur de leur programmation, mais qu’ils soient tous les trois en lien avec notre territoire. Que dans notre belle région dont on ne cesse de louer la cinégénie, il y vit de belles personnes qui aient l’audace productive, et soient en mesure d’y faire des films, de les produire, de les porter, les accompagner … et de les montrer !

Trois Œuvres césarisés pour notre Région, quelle belle récompense et quelle satisfaction pour notre ville d’avoir pu offrir à ces films et leurs auteurs un bel écrin de diffusion… et un public enthousiaste et chaleureux. Alors continuons d’être curieux, continuons de nous étonner ! Et que bientôt nous puissions retrouver le chemin de nos salles !

1er Péplum

Le premier blockbuster de l’histoire du cinéma fut très certainement le péplum « Quo vadis? » réalisé par Enrico Guazzoni en 1912 ; basé sur le roman du même nom de l’écrivain polonais Henryk Sienkiewicz, prix Nobel de littérature en 1905, « Quo vadis, » est le film de la démesure pour l’époque : 5 000 figurants (sans compter les 20 lions pour les scènes d’arènes), des décors somptueux, une durée de vie exceptionnelle, sa réalisation nécessita plusieurs mois de tournage. Il était aussi le plus long métrage réalisé de son temps (106 mn / 9 bobines), et établit de ce fait la norme pour les «supers spectacles» cinématographiques pour les décennies à venir.

Un succès fut immédiat et mondial : premier film à être projeté dans un théâtre de première classe de Broadway (l’Astor théâtre), on l’y vit à l’affiche pendant neuf mois d’avril à décembre 1913. La première projection du film à Londres fut pour le roi George V, en présence des interprètes principaux qui furent largement félicités par le monarque.

On notera aussi que les producteurs comprirent que la Rome antique avec ses jeux et ses combats faisait les délices des spectateurs, et que c’était un moyen de gagner beaucoup d’argent ! Pour preuve le billet d’entrée était vendu quatre fois plus cher que d’habitude !

Le filon est largement exploité : on voit fleurir dans les mois qui suivent plusieurs adaptations du roman « Les Derniers Jours de Pompéi » d’Edward Bulwer-Lytton, un « Marc-Antoine et Cléopâtre » du même Enrico Guazzoni ou encore un « Néron et Agrippine » de Mario Caserini. Deux ans plus tard, en 1914, Pastrone dirigera Cabiria, qui ressemblait à « Quo Vadis? », mais qui sera encore plus long, plus complexe et plus spectaculaire.

Voir des images de ce péplum, cliquez sur l’image

Archives documentaires et post synchronisation sonore…

Que peuvent avoir en commun les comédiens Lucien Guitry, Sarah Bernhardt, André Antoine, les peintres Claude Monet, Edgar Degas, et Auguste Renoir, le sculpteur Auguste Rodin, le musicien Camille Saint-Saëns, les écrivains Edmond Rostand, Anatole-France, et Octave Mirbeau ?

Ils furent tous les artistes à l’affiche du premier documentaire sur l’art sorti en 1915. Ce film, » Ceux de chez nous », que l’on doit à Sacha Guitry fut tourné en pleine guerre et nous laisse un témoignage unique sur l’art et les artistes de l’époque à travers une œuvre fondatrice du 7ème art naissant, le document d’archives cinématographique. Un incroyable casting d’artistes vivants qui nous laisse des images extraordinaires et précieuses; des images  émouvantes aussi, comme celle d’Auguste Renoir dans son atelier, célèbre auteur du « Déjeuner sur l’herbe » (ce tableau qui ne cessera d’inspirer nombre de réalisateurs), dès lors que l’on sait que Renoir mourra 4 années plus tard…

« Je rêvais d’une encyclopédie nouvelle » déclarera Sacha Guitry qui dans ce court métrage de 22 mn réuni, « selon ses goûts » les plus grandes personnalités de son temps. Il les filma « dans leurs attitudes les plus familières, c’est-à-dire au travail, chaque fois que cela fut possible ».

J’ai appris récemment que Guitry réalisa ce court-métrage en réaction à une proclamation des intellectuels allemands exaltant la culture germanique. Il prit soin de noter tout ce que disaient ses prestigieux intervenants, et les répétait mot pour mot lors des diffusions qu’il donnait du film. C’est ainsi que l’on peut affirmer que Sacha Guitry  inventa ce qui allait devenir la post-synchronisation et le doublage.

1ers Biopics

Le film biographique apparaît dès les débuts du cinéma, avec par exemple L’Exécution de Marie, reine des Écossais (1895) de William Heise ou Cléopâtre (1899) de Georges Méliès. Avant de connaître son premier âge d’or dans les années 1930.

Jeanne D’Arcy dans Cléopâtre de Georges Méliès

Mais s’il est un film qui devrait retenir notre attention, ce serait « Les amours de la reine Elisabeth» .

Ce film réalisé en 1912 par Henri Desfontaines et Louis Mercanton, un film français donc, donnera à la tragédienne Sarah Bernhardt le rôle-titre. L’objectif est d’y traiter notamment de l’histoire d’amour malheureuse que cette reine d’Angleterre eut avec le Comte d’Essex (interprété par Lou Tellegen, Di Caprio de l’époque) en ne lésinant pas sur la richesse des décors et des costumes. Ce film connut un grand succès aux États-Unis, grâce notamment une publicité très efficace, mais véritablement mensongère, qui faisait croire aux spectateurs qu’ils allaient voir la comédienne française en chair et en os. Ainsi naquit sous la plume d’Adolphe Zucor distributeur du film le célèbre slogan « Des acteurs célèbres dans des pièces célèbres ». Et comme nous n’étions pas à un mensonge près, notons que sur le tournage Sarah Bernhardt avait 68 ans alors que la reine Élisabeth 1re était morte à l’âge de 45 ans…

La présence de Sarah Bernhardt dans ce film fera évoluer la mentalité des comédiens; ils estiment désormais que si une Star comme elle fait du cinéma, pourquoi eux s’en priveraient-ils ? Ainsi le regard des comédiens sur le 7e art change, le cinéma n’est plus considéré comme la distraction éphémère pour incultes : il peut désormais prétendre passer à la postérité!

Voir le film en version restaurée sur le site du CNC en cliquant ici!

Mais savez-vous quel personnage historique peut se targuer du plus grand nombre de Biopics ?

Selon les dernières recherches de spécialistes, une bataille se livrerait entre Abraham Lincoln et Napoléon Bonaparte… Et Jesse James les talonnerait de près!

Ladislas Starewitch ou comment l’entomologie peut faire naitre la passion du cinéma

Ladislas Starewitch était un étudiant curieux qui s’investit dans différentes disciplines tout particulièrement celle de l’entomologie. De cette passion scientifique va naître une rencontre curieuse avec le cinéma.

« À la période des amours les scarabées luttent. Leurs mandibules font penser aux bois des cerfs. J’ai voulu les filmer mais leur combat est en nocturne, ma lumière les figeait dans une immobilité complète. Avec des scarabée naturalisés, j’ai reconstitué, image par image, par des modifications progressives, les différentes phases de cette lutte en plus de 500 prises de vue, 30 secondes de projection. Le résultat dépassait mes espérances : 1910 « Lucanus cervus » longueur 10 m premier film d’animation en trois dimensions »

Même si ce fut la première expérience en animation de Starewitch, le film était parfaitement animé On croit qu’il avait découvert les secrets de la prise de vue image par image en assistant à une projection du film « Allumettes animées » d’Emile Cohl. Il faut croire que cette technique d’animation devint sienne rapidement, puisque 6 mois après environ, en juin 1910, il était en mesure de terminer « La belle Lucanide » film de 230 m qui racontait à la manière d’un conte et avec beaucoup d’humour la lutte des scarabées pour la conquête de la belle et scarabée Hélène. Présenté en janvier 1911, le film reçu un énorme succès partout dans le monde. Comme quoi Art et Science savent faire bon ménage !

1er film de marionnettes

Semblable au dessin animé dans sa technique qui consiste à réaliser un film image par image, mais différent en raison du matériel utilisé et du travail de préproduction nécessaire à sa création, le film de marionnettes ou animation en volume a trouvé son pionnier en la personne d’Emile Cohl, personnage haut en couleur qui expérimenta toutes les techniques d’animation possibles et connues de son époque. Chez Gaumont, on le surnommait d’ailleurs le « docteur des trucages ».

Fort de son expérience et de sa réputation il s’offrit l’excentricité artistique d’adapter le célèbre roman de Goethe « Faust » revu et corrigé par Gounod en Opéra et ce en utilisant… des marionnettes sans fil !

C’est ainsi que Faust, Marguerite, Méphistophélès devinrent les personnages d’une œuvre sur pellicule de 125 mètres, intitulée « Le tout petit Faust » et dont une partie était en couleurs. En utilisant ce procédé aussi complexe que fastidieux pour lequel il s’agit de modifier la position de chaque marionnette parfois d’un millimètre seulement à chaque prise de vue, Cohl démontra avec ses figurines stylisées en volumes « par la douceur du mouvement et une invention exquise, à quelle dignité était promis le film de marionnettes dans l’avenir du cinéma s’il tombait dans les mains d’artistes doués d’un sens poétique réel. »

Et le temps lui a donné raison… dans les semaines à venir nous découvrirons certains de ses dignes successeurs : Ladislas Starevitch, Jiri Trnka, Ray, Ray Harryhausen, Henry Sellick, Wes Anderson, mais aussi Claude Barras… et la liste est loin d’être exhaustive !

Filmer la guerre, 1ères fois…

« La mort est partout. L’air en est imprégné. Les blessés, les morts s’accumulent dans les tranchées. »

Geoffrey Malins est l’opérateur a été le premier à tourner un documentaire sur un événement marquant de la Grande Guerre de 1914-1918, la bataille de la Somme. Les premières photos de bataille datent selon toute vraisemblance de la guerre de Crimée en 1855. Suivront ensuite de nombreuses épreuves photographiques de conflits armés telles celles de la guerre du Mexique. Nous avons eu l’occasion d’évoquer tout ceci lors de la dernière édition du festival Cinéma d’automne avec l’avant-première du film « Vers la bataille » d’Aurélien Vernhes-Lermusiaux… Mais aussi de la table ronde organisée en partenariat avec le GRAPh et en la présence de nombreux photographes de presse.

Mais à quand remontent les premières images de combat filmés ? A priori à 1915, comme évoqué la semaine dernière ; et aussi étonnant que cela puisse paraître, ces images ont été tournées tout droit des tranchées, autant dire au plus près de la ligne de front. Il faut imaginer le défi que cela pouvait représenter de se rendre sur le terrain chargé de matériel lourd et très peu mobile. C’est souvent au péril de leur vie que des opérateurs civils ont été envoyés pour donner à voir le sort des millions de soldats mobilisés. Rapidement, les soldats vont chercher à échanger leur fusil pour une caméra, avec l’appui de leur état-major, car chacun prend rapidement conscience du fait que le cinéma est certainement la plus efficace des armes de propagande. Bien entendu toutes ces images vont peut-être passées au crible de la censure militaire, et ce pour une raison évidente : il est hors de question de montrer des images trop violentes, celles-ci encourageraient soit le défaitisme soit le pacifisme.

Cliquez sur l’image pour voir « Kitchener’s Great Army in the Battle of the Somme » de Geoffrey Malins

1ères actualités cinématographiques

Dès le début du cinéma des reportages d’actualité, proposant des sujets tournés sur le vif ou reconstitués, étaient plus ou moins régulièrement au programme des séances.

Il faudra toutefois attendre 1909 (plus précisément semble-t ’il le 31 mars) pour saluer la naissance d’un véritable magazine périodique d’actualité, une première mondiale, initiative de la société Pathé, le « Pathé Faits Divers ». Il sera suivi rapidement par Gaumont.

On veut offrir aux spectateurs de découvrir des images en provenance du monde entier, dès lors qu’un événement important se produisait et qu’il avait été possible à un opérateur d’en saisir des images. Catastrophes, meurtres, couronnements, exploits sportifs, on faisait feu de tout bois afin de donner à ces actualités ‘un caractère international et universel’.

Rien de ce qui fait sensation ne doit échapper aux opérateurs lesquels revendiquent le slogan « A la conquête du monde ! ». C’est la course à celui qui informera le premier, à celui qui montrera le premier ! et tant qu’a faire le fera… en couleur ! On développe des procédés pour colorier les images au pochoir, une à une, ou la trichromie (un objectif divisé en trois parties sélectionnant trois couleurs primaires).

Alfred Machin, Pierre Perrin, Georges Maurice et Pierre Emile couvriront la première guerre mondiale. Ils formeront l’embryon de la future Section photographique et cinématographique de l’armée. Mais l’édition du journal hebdomadaire doit s’arrête pendant la guerre.

On retrouvera ces actualités en 1919, avec des variantes destinées à compléter l’information, humour et glamour au rendez-vous! Il faudra attendre l’arrivée de la télévision pour mettre à mal cette activité cinématographique.​

Voir une actualité de 1939 : Cliquez ici

1er long métrage social

Le mouvement naturaliste s’était exprimé en littérature de manière incontestable avec les œuvres d’Emile Zola à la fin du XIXème siècle.

Il n’est donc pas étonnant que ce mouvement ait influencé le 7ème art dès ses années de jeunesse. Et l’on peut considérer qu’un des premiers longs métrages réalisés en France (si ce ne fut le premier) fut l’adaptation du 7ème volume de la série « Les Rougon-Macquart », j’ai nommé « L’assommoir ». Résolu, à l’instar de l’écrivain, à donner à voir les classer laborieuses face à leur quotidien, Albert Capellani réalise un film social qui, pour paraphraser Emile Zola, a « l’odeur du peuple ». « L’assommoir », comme chacun le sait, c’était un bar, et c’est donc dans ce débit de boisson que se déroule la majeure partie des scènes du film. Mais c’est aussi le surnom donné à l’alambic qui produit un mauvais alcool, alcool dont les ravages associés à la misère sont illustrés de manière pas seulement réaliste, mais en s’appuyant sur un travail minutieux de documentation ; car, en effet, rien (ou presque) ne nous est épargné pour nous faire vivre la déchéance de la blanchisseuse et laborieuse Gervaise qui finira par mourir de faim.

 » L’Assommoir, fut tourné pendant l’hiver 1908 et fait figure d’exception à sa sortie. Le film mesure 750 mètres quand le métrage moyen des films oscille entre 100 et 350 mètres. On suppose la confiance que ses producteurs accordaient à Albert Capellani pour se lancer dans une telle aventure. Le succès fut énorme et le but atteint : en adaptant, non pas le roman de Zola, mais la pièce à succès de William Busnach et Oscar Gastineau, la SCAGL visait un public de boulevard que Capellani connaissait bien pour avoir œuvré dans différents théâtres, notamment à l’Ambigu, dont le public était précisément celui des Grands Boulevards. Cette volonté de se calquer sur la dramaturgie théâtrale fut d’ailleurs soulignée par la presse : « La faveur du public est allée à des adaptations qui lui procuraient (enfin !) les émotions, le rire et les larmes qu’on ne trouvait jusque-là qu’au théâtre. Le cinéma est devenu ainsi, et d’emblée, le véritable théâtre du peuple, accessible à tout heure, dans tous endroits et à toutes les bourses. » (Ciné-Journal, n° 56, 13-19 septembre 1909)

« Capellani partageait avec Raoul Walsh le sens du grouillement de la vie à l’écran. Regardez justement L’Assommoir et Régénération. Je pense à cette belle citation de Lu Xun dans sa préface à la première édition des Herbes sauvages, que la poésie, l’art, naissent dans le caniveau. Grouillement de la vie, mouvement des foules qui envahissent le cadre, plein comme déjà peut-être chez DeMille. » (Pierre Rissient) « 

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