Claude Marty

On connaît tous pour peu que l’on vive dans l’Aude, Claude Marty…

C’est en effet l’un des plus célèbres chanteurs occitans. Mais saviez vous que l’on lui doit des musiques de film pour la télévision – Un été albigeois (FR3), Ces grappes de ma vigne (A2) ?

Et pour le cinéma : une participation à « Conte d’automne »  d’Éric Rohmer avec Gérard Pansanel, Antonello Salis et Pierre Peyras, mais aussi une autre dans  un film de 52 minutes, « Et pourtant elle tourne », tourné pour FR3 en 2008 et écrit par Gérard Pansanel ?

Je vous propose aujourd’hui de regarder un documentaire intitulé « Claude Marti » accessible sur le site de l’INA dans la série Des talents et des gens

On y voit en 1977 Claude Marti originaire de Couffoulens dans l’Aude où il exerce son métier d’instituteur. Le jour avec ses élèves, c’est la leçon d’histoire naturelle et de géographie dans Les vignes du Languedoc, le soir, devant son public, le cri d’un pays qui veut vivre et qu’il a décidé de défendre. Au cours de cette rencontre, Claude MARTI « instituteur chantant » parle de sa conception de son métier et explique comment il est venu à la chanson en languedocien. Il y dit son refus de la violence économique…

Pour voir le film sur le site de l’INA, cliquez sur l’image

Lotte Reiniger

Aucassin et Nicolette de Lotte Reiniger

Réalisé par la célèbre cinéaste Lotte Reiniger, ce court métrage d’animation digne des plus grands contes de fée raconte l’histoire de deux jeunes amoureux vivant au Moyen Âge. Fantaisiste, sensible, plein d’action, Aucassin et Nicolette convie le spectateur à une véritable fête de l’œil par l’usage qu’il fait de la technique des ombres chinoises.

 Lotte Reiniger est née à Berlin le 2 juin 1899. Sa jeunesse est peu documentée, mais on sait que, petite déjà, elle se passionne pour les théâtres d’ombres venus d’Asie et pour les productions de Georges Méliès. Elle débute sa carrière dans la troupe du réalisateur Paul Wegener qui lui confie les génériques de ses productions. En 1919, elle réalise son premier court-métrage « Les ornements des cœurs amoureux », un premier film d’animation de silhouettes, qui lui permet d’être remarquée. En 1922, suivent les courts-métrages muets Cendrillon et la Belle au Bois dormant. En 1923, elle commence la réalisation des Aventures du Prince Ahmed, aidée de son époux Carl Koch à la prise de vue, Berthold Bartosch aux effets spéciaux et Walter Ruttmann pour les arrière-fonds qui étaient manipulés séparément des personnages. Ce film est aujourd’hui considéré comme le plus vieux film d’animation encore préservé. Montré pour la première fois au public en 1926, il confère à la jeune réalisatrice une notoriété et une reconnaissance internationale. Grâce à ce premier succès, elle réalise de nombreux courts-métrages inspirés de contes. Et ce jusqu’en 1979 !

En 1975 « Aucassin and Nicolette » et 1979 « The Rose and the Ring ». Elle s’éteint en 1981, peu après son 82e anniversaire, à Dettenhausen en Allemagne. Son œuvre impressionnante a inspiré de nombreux artistes qui ont fait appel à elle, mais également à des réalisateurs actuels dont le plus célèbre est Michel Ocelot, le réalisateur de Princes et Princesses.

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Alice Guy

Une des plus fidèles du site lescinephilesdedemain.blog me faisait remarquer, à juste titre, que tout ceci manquait cruellement de femmes…

Je vais tenter de réparer cette très cruelle injustice !

A la fin du XIXe siècle, une Française avait réussi à se faire une place au sein du gotha du cinéma naissant : Alice Guy. Femme indépendante, talentueuse et incroyablement avant-gardiste, elle est la première femme réalisatrice et productrice au monde. Un parcours de vie malheureusement méconnu du grand public pour une réalisatrice qui compte pas loin de 360 films à son actif…

Je vous invite à découvrir cette prestigieuse réalisatrice… qui, certainement bien malgré elle, tourna le premier film de propagande antiféministe de l’histoire du cinéma. Je ne vais pas me faire que des ami(e)s….

Il s’agit du film Les Résultats du féminisme, réalisé en 1906, d’une durée de 7 minutes. Les idées féministes sont présentées comme ridicules, voire dangereuses.

Le scénario imagine qu’à l’âge du féminisme, les hommes se comportent en femmes et les femmes en hommes. Ainsi, très efféminés, les hommes portent des fleurs dans leurs cheveux et font le ménage, la couture, le repassage… A l’inverse, dans un bar, les femmes boivent, fument et font des avances aux hommes.

Toutefois, vous en conviendrez certainement, ce qui est avant-gardiste, c’est qu’à cette époque, Alice Guy s’interroge sur les rôles alloués aux genres, en les caricaturant. En inversant les rôles, elle amène les spectateurs à s’interroger sur les genres eux-mêmes. Mais cette interrogation ne peut aller jusqu’au bout…

A la fin du film, les hommes se rebellent et retrouvent leur masculinité… Selon certains, cette fin aurait été demandée (malheureusement) par Léon Gaumont lui-même. Ce film fini donc, à l’insu de son plein gré, par dénoncer le féminisme qui tend ainsi à remettre en cause la différence des sexes.

Notons que, dans ce film, Alice Guy n’a pas osé demander aux acteurs de porter une jupe !

A 80 ans, la pionnière du cinéma rédige ses mémoires mais sa contribution au 7e art a été oubliée et le crédit de certains de ses films ont été attribués à d’autres. Faute d’éditeur, l’ouvrage ne paraîtra qu’après sa mort.

Elle entreprend enfin un dernier combat : récupérer ses films. Elle passera les dernières années de sa vie à la recherche de ses bobines. Elle qui fut l’une des réalisatrices et productrices les plus prolifiques de son temps, n’en retrouvera que trois de son vivant

En 1968, elle meurt à l’âge de 95 ans, dans l’indifférence.

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Pour en savoir plus sur Alice Guy, et le rôles des femmes dans l’industrie du cinéma:

Le jardin oublié – La vie et l’oeuvre d’Alice Guy-Blaché Film documentaire de 52 mn ONF

Alice Guy, pionnière oubliée du cinéma mondial Article TV5 Monde

Quand les femmes régnaient sur Hollywood Article Télerama

Tchou Tchou

Alors là aujourd’hui, je me fais plaisir et je retourne à mes premiers amours… Il y a 30 ans de cela (et oui, le temps passe) je menais des actions en direction des enfants de crèches et de maternelles. Mon souci c’était avant tout de permettre aux enfants d’accéder à des œuvres cinématographiques de qualité, mais pas à des films fait pour les enfants… Je m’explique : je voulais des films qui poussent à la réflexion, au dialogue, comme ceux que j’aime en tant qu’adulte, des films qui posent plus de questions qu’ils ne donnent de réponse. Et grâce à la cinémathèque Robert Lynen de la ville de Paris, j’ai découvert ce film. Il a fait partie d’une des premières projections de l’action Cinébambino que j’avais initiée. Ce que j’aime dans ce film, c’est bien sur ce qu’il raconte, mais aussi la manière dont il le fait, le suspens installé par la musique, l’ambiance sonore et la simplicité de réalisation à la portée de tous… Je vous invite donc à découvrir « Tchou Tchou »

Fait à partir d’un jeu de construction en bois, ce court métrage d’animation explore un monde imaginaire appartenant aux enfants. Une fille et un garçon s’amusent dans une ville de cubes, de cylindres et de cônes, qu’ils ont eux-mêmes bâtie. Surgit un dragon qui bouscule leurs blocs et dérange tout. Que faire et comment écarter l’intrus? Utilisant différentes astuces, ils réussiront à faire de leur ennemi leur meilleur partenaire. Film sans paroles.

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Fabrique ton Gromit en pâte à modeler

Bon on a vu pas mal de films depuis ce début de confinement, vous ne trouvez pas ?  Et si nous passions à l’action histoire de voir si nous avons « bien vu ».  Histoire de voir comment faire des images nous aide à mieux  voir les images, sans toutefois oublier que voir des images, nous aidera à mieux faire des images…

Nous allons à partir de maintenant vous proposer de faire un peu de cinéma afin de répondre à la demande de pas mal d’entre vous. On continuera de vous proposer de voir des films ne vous inquiétez pas, mais ce n’est pas pour rien qu’hier je vous ai invité à vous pencher sur la façon de faire des artistes en Stop Motion (filmer des marionnettes en volume, image par image).

Vous avez déjà tous eu l’occasion de voir certains films réalisés ainsi !

Aujourd’hui  je vous propose de regarder  un tutoriel vidéo, réalisé par L’équipée en 2016 et produit par le studio Folimage, qui  a pour objectif de montrer de manière pédagogique et ludique comment fabriquer le personnage de Gromit en  pâte à modeler. Vous n’aurez peut être pas les bonnes couleurs, vous n’aurez peut être pas le coup de main de l’artiste… mais amusez vous, faîtes vos Gromits, et envoyez nous des photos de vos productions… On les mettra en ligne avec grand plaisir !

Accédez au tuto en cliquant sur l’image

Et à toutes fins utiles, en ces temps de pénurie, si vous n’avez pas de pâte à modeler voici la recette d’une pâte à modeler maison que m’a envoyé une gentille maîtresse!

RECETTE DE LA PÂTE A MODELER MAISON DE MAÎTRESSE CHRISTELLE

Ingrédients (1 portion) Pour chaque portion

• 120 g de farine

• 20 g de sel fin

• 10 g de crème de tartre ou de bicarbonate de sodium

• 20 cl d’eau

• 1 cuil. à soupe d’huile végétale

• Quelques gouttes de colorant alimentaire

• Casserole

• Fouet

Préparation

1. ÉTAPE 1 : Dans une casserole, hors du feu, mélangez les éléments secs (farine, sel, crème de tartre). Versez l’huile.

2. ÉTAPE 2 : Versez l’eau.

3. ÉTAPE 3 : Toujours hors du feu, mélangez à l’aide d’un fouet. Le mélange doit être bien lisse.

 4. ÉTAPE 4 : Ajoutez quelques gouttes de colorant alimentaire et mélangez jusqu’à obtenir la couleur désirée. En refroidissant, les couleurs deviennent un tout petit peu plus intenses.

5. ÉTAPE 5 : Faites chauffer le mélange sur feu doux et fouettez.

6. ÉTAPE 6 : Le mélange va épaissir.

7. ÉTAPE 7 : Quand le mélange est plus épais et forme une boule qui se détache des parois de la casserole, c’est terminé. Cela prend quelques minutes.

8. ÉTAPE 8 : Mettez la pâte à modeler dans un bol. Ne jouez pas avec 🙂

 9. ÉTAPE 9 : Recouvrez le bol de film étirable et réservez au frais pendant au moins une heure.

10. ÉTAPE 10 : Votre pâte à modeler est prête à l’emploi. Vous pouvez préparer d’autres boules avec d’autres couleurs.

11. ÉTAPE 11 : Votre pâte à modeler se conserve au frais dans une boite hermétique pendant plusieurs semaines.

Patrick Bouchard

C’est la rentrée, mine de rien… alors rentrons dans le vif du sujet… comment fait-on un film d’animation en volume?

La réponse dans « 24 idées / seconde – Animation en volume »

Dans ce court métrage documentaire, Patrick Bouchard, spécialiste de l’animation de marionnettes et trois fois lauréat d’un prix Jutra, nous amène sur le plateau de tournage de Révérence. Ce film fait la lumière sur cette technique spectaculaire qui a connu un essor considérable à l’ONF depuis la fin des années 1960 grâce au travail de pionniers, tels que Co Hoedeman (dont nous vous avons déjà parlé lors de la proposition du film « The sand Castle- Le château de sable – voir le blog à la date du 2 avril). Les ramoneurs cérébraux, un court métrage de Patrick Bouchard réalisé avec des marionnettes inquiétantes, termine le tout.  Belle découverte à tous soyez curieux, étonnez vos regards!

Pour voir ce film sur le site de l’ONF
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Michaël Dudok De Wit

Père et fille –   Le court métrage déchirant racontant l’histoire d’un père qui dit au-revoir à sa fille et s’en va. Elle attend son retour des jours, des saisons, des années… de Michaël Dudok De Wit ce film a remporté l’Oscar 2000 du court métrage d’animation.

Pour voir le film, cliquez sur l’image

Ce court-métrage se distingue de la sélection par la charge émotive qu’il dégage. L’histoire racontée, celle de l’affection d’une fille pour son père mais aussi celle de la perte d’un être cher, peut serrer le cœur du spectateur. Mais ce sont surtout des choix de réalisation en parfaite symbiose avec l’histoire racontée qui sont à l’origine de la douceur et la mélancolie qui émanent du film.

La musique de Normand Roger qui enveloppe totalement le film et occupe toute la bande son (pas de bruits ou de paroles) joue un rôle très expressif. Jouée au piano et à l’accordéon, elle est construite, comme le film, selon le principe de la ritournelle.

L’histoire se structure autour du motif du cercle qui irrigue le film. Une importance remarquable est accordée à cette forme plastique : la roue des vélos, un détail a priori, est le seul élément souligné par des gros plans. La roue apparaît en surimpression au dessus d’un personnage puis revient au générique de fin. De même, le sens de déplacement des personnages, de droite à gauche qui contrarie notre mode de lecture occidental implique un retour dans le passé. Nous sommes projetés dans un âge d’or, l’enfance, à la recherche d’un temps perdu.

Le réalisateur a choisi de réaliser un lavis pour représenter ses décors. Cette technique consiste à diluer plus ou moins une couleur afin d’obtenir des dégradés et des effets de fondus. Contrairement à Au premier dimanche d’août où la peinture était matière et couleur, Father and daughter joue plutôt sur l’intensité de la couleur présente en couche infime.
Les bruns, les sépias, les orangés de chaque plan sont délicatement harmonisés grâce à des raccords en fondus. Pour lier les plans entre eux lors du montage, le réalisateur a souvent préféré ce type de raccord au traditionnel raccord cut. Ce choix donne non seulement l’impression du temps qui passe (pour condenser une vie en 9 minutes, ce court film a recourt à d’importantes ellipses) mais diffuse également une grande sérénité. En effet, le fondu permet de passer d’un plan à un autre en douceur : le premier plan disparaît progressivement à mesure que le second apparaît.

Transmettre le cinéma

Charlie Chaplin

The Gold Rush   Charlie Chaplin a écrit, produit, réalisé et joué dans  The Gold Rush

Pour voir le film dans son ensemble sur archive.org, cliquez ici

Chaplin a dit à plusieurs reprises que c’est le film dont il souhaitait le plus se souvenir. 

La Ruée vers l’or est une véritable pépite du cinéma, de celles qui nous réchauffent le cœur. Voir et revoir ce film en famille nous donne à vivre le plaisir du cinéma, dans tout son humanisme. Plus grand succès de Charles Chaplin à ce jour, le film recèle des trésors d’inventivité, avec une variété de gags qui ravissent et enchantent. Il faut souligner ici combien Charles Chaplin a su filmer les animaux comme autant de compagnons de route, dans une tendre intimité. De l’ours au chien, de la poule aux chiens loups, mais aussi des chercheurs d’or aux danseurs de salon, tout se mêlent et se mélangent dans ce monde où le plus fort n’est pas toujours celui que l’on croit. Lorsque Charlot joue avec l’ours, où lorsque lui-même devient une poule sur patte, ce jeu avec l’animal est pour nous l’expérience de notre condition humaine, dans une simplicité et un respect assez fort et beau. Si la bestialité surgit, elle n’est jamais du côté de l’animal, mais hélas souvent le fait de l’homme, dévoré par sa rapacité. Le cinéaste met en évidence la complexité des rapports entre les personnes, entre le sourire complice, l’éclat de rire revigorant et parfois quelques larmes… Avec ce petit homme égaré dans cette immensité neigeuse, hostile et chaleureuse en même temps, nous voilà cheminant avec lui. Tout le monde rêve d’avoir sa part du butin. L’or semble rendre fous les hommes mais pour Charlot, c’est l’amour qui fait battre encore plus fort son cœur.
Comme toujours avec Charles Chaplin, ses films s’inspirent de tout ce qu’il observe et ressent. Avant tout processus de création il rêve et imagine ses films, dans une inspiration qui s’ancre dans le réel. Pour La ruée vers l’or, l’idée lui est venu un soir où il participait à un dîner avec ses grands amis de cinéma, Marie Pickford et son époux Douglas Fairbanks. Ces deux très grandes célébrités lui montrent des stéréogrammes (des images en relief) où des hommes peinent à gravir une montagne enneigée, lors de la ruée vers l’or au XIXe siècle dans le Klondike. Cette humanité affamée et écrasée par la nature glaciale, il saura la relier à un autre fait divers : en 1846, une expédition d’émigrants se retrouvent bloqués dans la Sierra Nevada. La faim, le froid et l’isolement font des ravages. Après les animaux tués et mangés, certains survivent en dévorant les cadavres d’enfants, de femmes, d’hommes et même de leurs chaussures. Charles Chaplin a trouvé la matière pour réaliser son oeuvre. Plusieurs séquences sont entrées dans l’histoire du ­cinéma : les prospecteurs qui mangent leurs souliers ; la cabane au bord du précipice mais surtout le rêve de Charlot exécutant la danse des petits pains, véritable scène d’anthologie, poétiquement belle et jamais égalée.

Nanouk.fr

Jean Vigo

Zéro de Conduite  (1933) de Jean Vigo. Initialement interdit en France, le film a ensuite été honoré par Truffaut dans « les 400 coups ». Mais pour quoi tant de haine?

Faites vous votre propre réponse en regardant ce film via le site archive.org .Et n’hésitez pas à faire part de vos avis… et commentaires…

Pour accéder au site cliquez sur l’image

Finies les vacances. La veille de la rentrée ne tourmente pas trop Caussat et Bruel qui se retrouvent dans le train. Que c’est bon de fumer des cigares dans le compartiment « non fumeurs » ! Sur le quai de la gare, c’est moins drôle. Il fait nuit. Moment lugubre. Ils retrouvent Colin avec plaisir. Le surveillant Pète-Sec avec moins de plaisir. Bruel ne s’y trompe pas : « Regarde Monsieur Pète-Sec, on ne rigolera pas encore cette année. » Et si cette fin d’année réservait quelque surprise ? Première nuit au dortoir, déjà un puni. Premier matin, trois punis, toujours les mêmes, Bec-de-Gaz n’hésite pas : « Bruel, Caussat, Colin, zéro de conduite, consignés dimanche. » Pendant une récré, les trois préparent un complot. Le pion Huguet les laisse faire, il amuse la cour en imitant Charlot. La classe forme les rangs pour la sortie en ville. Huguet devance sa troupe. Il suit une femme qui sort de chez elle. La classe suit Huguet en courant. Mauvaise surprise : au coin d’une rue, la dame élégante est devenue un curé ! Les haricots volent bas au réfectoire. En classe, Tabard dit merde à son professeur. Ça barde. Le Principal exige des excuses. Tabard tient bon, réédite son exploit et répète merde à son professeur. Au dortoir, la révolte gronde. Tabard emmène tous les mutins. Une formidable bataille de polochons met le feu au dortoir. Tabard, Caussat, Bruel et Colin attachent Pète-Sec dans son lit. Le lendemain, jour de la fête de fin d’année, les quatre grimpent sur le toit du collège et s’évadent vers le ciel.

Récit d’une guerre d’indépendance ou d’une évasion qui met en scène l’indiscipline de collégiens face à des adultes absents sinon pervers, peu bienveillants et sans aucune autorité, Zéro de conduite est un film impertinent, révolté et insolent, à l’image de son jeune réalisateur. Imprégné par le souvenir de son père anarchiste, de ses années de collège et du journal qu’il y avait tenu, le film ne se réduit pas pour autant à une simple trace autobiographique. Il concentre toute la rébellion de son auteur contre les institutions sociales et cinématographiques. C’est également un film drôle, parcouru de séquences burlesques et fantaisistes, avec un extraordinaire parfum de liberté et d’anticonformisme. Jean Vigo nous emmène toujours là où on ne l’attend pas, bien loin de ce que l’on pourrait imaginer d’un film se déroulant dans un collège. Fourmillant de trouvailles, de pirouettes et de séquences jubilatoires – la bataille de polochon, le drapeau de pirates hissé sur le toit, la scène du train ou de la virée en ville – le film nous touche au plus profond de l’enfance.
Son utilisation des ralentis, de l’animation ou des trucages photographiques à la Méliès démontre une maîtrise absolue du cinéma, l’équilibre parfait entre réalisme et esthétisme. Jean Vigo, « cinéaste-cinéphile », semble avoir assimilé pleinement les courants qui l’ont précédé – pionniers du cinéma, burlesque, surréalisme, Expressionnisme allemand, … – tout en préfigurant les aspirations des générations suivantes et notamment de la Nouvelle Vague. Zéro de conduite a le charme poétique du cinéma muet et le génie du cinéma parlant ; c’est une œuvre majeure et impérissable qui influencera bon nombre de cinéastes après lui ; un film qui étonne autant qu’il questionne… à (re)découvrir absolument.

Benshi.fr

Emile Cohl

Emile Cohl fut le pionnier méconnu du cinéma d’animation L’occasion de découvrir en vidéo la version restaurée de « Fantasmagorie », une pépite historique restaurée par Gaumont.

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On peut entrer dans l’histoire du cinéma à tout âge : Emile Cohl a 51 ans lorsqu’il signe Fantasmagorie, petite fantaisie de moins de deux minutes, considérée comme le premier « dessin animé cinématographique » . Auparavant, il a exercé une foule de métiers (apprenti bijoutier, caricaturiste, journaliste, photographe, scénariste..). Ce qui va décider de sa nouvelle carrière, c’est la découverte d’un court-métrage américain qui fait sensation à Paris (L’Hôtel hanté, de James Stuart Blackton. 1907). On y voit en effet le mobilier d’un hôtel bouger tout seul, comme par magie. Le public connaissait les féeries de Méliès, mais il n’avait encore jamais vu d’objets animés. Les caméras étaient encore actionnées à la manivelle et – douze ans après l’invention du cinéma ! – on venait enfin d’inventer le « one turn, one picture » (en France : « le tour de manivelle ») qui permettait de filmer image par image. Cohl se dit alors qu’un procédé si spectaculaire avec des objets le serait encore plus avec des dessins. Ainsi naquit Fantasmagorie.

Première image du film : la main de l’auteur dessine un petit clown en blanc sur fond noir. Celui-ci se dédouble en un petit bonhomme rondouillard, qui tombe sur un fauteuil dans une salle de spectacle. La suite est inracontable, suite de métamorphoses graphiques (aux Etats-Unis, le film fut rebaptisé Metamorphosis) avec un savoureux côté « marabout-de-ficelle », dans un foisonnement d’idées surréalistes avant la lettre.

Cohl avait travaillé de façon artisanale, sa caméra vissée sur pied, les quelque mille dessins du film étant fixés un à un sur une planche verticale, en se repérant sans doute avec des épingles. Plus tard, il inventera le premier « banc-titre » (avec caméra surplombant les dessins posés à plat sur une table).

La première projection eut lieu le 17 août 1908 au Théâtre du Gymnase…. il donc n’est pas inutile de rappeler que la joyeuse vitalité (toujours intacte) de ce petit film eut une influence décisive sur des cinéastes comme Len Lye, Norman Mac Laren, Winsor MacCay… Et Walt Disney lui même qui, le jour où on lui remit la légion d’honneur, rendra hommage à Emile Cohl… lequel mourut oublié et dans la misère en 1938.